27 juillet 2008
Si Dieu dort
Le lieutenant Glass est incontestablement marqué, épris de justice, capable de passer en un instant du comportement le plus intraitable à une nonchalance proche du défaitisme. Un homme complexe, bardé de diplômes qui, quoique simple flic, bénéficie de la part de sa hiérarchie, étrangement prudente, d'une sorte de paix royale difficile à comprendre. Si son " taux de nettoyage " parle de lui-même, sa vie reste une énigme. Une série de meurtres visant des récidivistes dangereux, des violeurs et autres tueurs d'enfants tout juste libérés après des peines dérisoires entraîne le lieutenant sur la piste d'un " régulateur " : un tueur anonyme, méthodique et froid, qui semble rendre une justice que les hommes n'appliquent plus. Un juge est abattu. La loi du talion se déchaîne. Œil pour œil, dent pour dent... Glass comprend. Son passé l'y oblige mais son éthique le réprouve. Il est flic. La loi condamne et protège normalement des monstres. Il ne peut fermer les yeux...
Lorsque j'ouvre un bouquin de la collection folio policier, je suis un peu comme Forrest Gump devant une boite de chocolat, je ne sais jamais ce qu'elle va me réserver.
Ce coup ci, je suis tombé sur un chocolat plutôt fort, à la limite de l'amertume mais dont la saveur reste en bouche un certain temps.
Solly Glass est un flic bourru et sensible à la fois, un enquêteur comme je les aime, profondément humain et râleur. Son partenaire, Malone, Irlandais un brin naïf, complète bien le tableau, ils forment une bonne équipe, sous la direction de Keeves, archétype du commissaire soucieux du qu'en dira-t-on et du respect de la hiérarchie. A cela, ajoutez une écriture fluide et agréable et vous avez les ingrédients pour concocter un bon polar.
Avec en prime dans ce récit un message dérangeant. A-t-on le droit de faire justice soi-même lorsque la justice officielle montre ses carences? Et si oui, est-ce punissable de la même manière qu'un meurtre sexuel crapuleux qu'on n'a fait que venger?
Tout au long des pages, l'auteur nous pousse à nous poser ces question. Les dernières lignes de l'ouvrages sèment de surcroît un nouveau doute qui ne fait que renforcer ce questionnement moral.....
20 juillet 2008
La traversée de l'été
Grady McNeil a dix-sept ans et l'âme passionnée. Alors que ses riches parents vont passer l'été en Europe, elle se retrouve seule dans un New York vibrant sous la canicule. Délaissant le luxe de la Cinquième Avenue, elle tombe amoureuse de Clyde, gardien de parking à BroadwayBroadway. Ils s'aiment, mais de façon différente. La fierté provocante de Grady et la nonchalance de Clyde vont peu à peu les entraîner vers de dangereux précipices. Cette saison sera toute leur vie.
C'est seulement à 19 ans que Truman Capote s'est lancé dans l’écriture de son premier roman. Ce roman a un côté novateur pour l’époque, il apparaît empreint de nostalgie, de tendresse mais aussi de tourments et de rage de vivre.
Cette histoire se situe dans New York, lors d'un été caniculaire, où Grady, fille de bonne famille mais empreinte d'une attitude rebelle, s'est isolée au coeur de la ville pour vivre pleinement une passion hors normes avec un gardien de parking.
Les interrogations que soulèvent cette relation sont nombreuses, en effet, comment évoluer dans un milieu social auquel vous ne trouvez pas votre place ? Comment faire pour aimer librement un homme aux antipodes de ce que l’on attend pour vous et le faire accepter de ses proches ?
Toutes ces questions sont au centre des préoccupations de Grady, qui vit sa vie d’adolescente sans se soucier des conséquences. Peut être pour finalement se perdre elle-même dans ce tourbillon de l’amour interdit.
L'histoire peut apparaître très dense, avec d'assez larges parts d'ombre. En fermant le livre, j'ai eu l'impression d'avoir effectué la lecture en apnée, tout en restant un peu sur ma faim. Peut être que l'auteur souhaitait le reprendre plus tard mais ce plus tard n'a jamais eu lieu.
Ce premier roman de Capote, finement écrit, évoque des thèmes universels tels que l’amour, l’amitié, le désespoir et les liens familiaux ne peut que laisser apprécier ce qui va être une longue série de succès mondialement reconnus.
10 juillet 2008
"Le personnage que nous sommes, c'est un jardin, et notre volonté le cultive."
William Shakespeare
07 juillet 2008
Rue Sans Soucis
Rue Sans-Souci... Drôle d'adresse, lorsqu'on est flic, pour y trouver dans un appartement le cadavre d'une femme avec laquelle on vient de passer la nuit. Surtout lorsqu'on ne se rappelle rien... Harry Hole n'est pas au bout de ses peines. Un braqueur, comme en état de transe, a flingué à bout portant une caissière irréprochable après lui avoir murmuré à l'oreille ce qui aurait pu être des mots d'amour. Hole parle de meurtre, sa hiérarchie d'accident. Tant de gens auraient intérêt à le voir tomber que le flic d'Oslo va devoir de nouveau composer avec la loi pour sauver sa peau comme pour traquer le Mal. Ce qu'il avait flairé sera bien au-delà des apparences
On ne change pas une atmosphère qui a fait ses preuves, c'est sur ce postulat que se construisent les romans de Jo Nesbo. Ici encore, l'ambiance est déprimante, et notre inspecteur Hary Hole se trouve dans une situation désespérée : coincé entre une enquête difficile, sur la piste d'un braqueur fantôme et pris au piège d'une infernale machination qui le place comme suspect numéro 1 dans le "suicide" d'une de ses ex, il surnage plus qu'il ne gère ces situations.
Aidé de Beate Lonn, une enquêtrice capable de se souvenir de tous les visages qu’elle a croisés dans sa vie, Harry va devoir jongler entre ces deux enquêtes et déployer tout son talent pour trouver une voie qui l’amènera à la résolution de ces deux meurtres.
Avec cet opus, quatrième enquête de notre inspecteur principal, Jo Nesbo continue de développer le personnage et son entourage, il arrive à nous le rendre encore plus attachant et à nous faire découvrir d’autres facette de sa personnalité. Il nous plonge encore plus dans cette Norvège si attirante. On pourrait comparer cet auteur à un peintre qui fait sortir de sa palette toutes les subtilités de ce paysage scandinave. Par touches discrètes, mais essentielles. Il y met de la lumière, de l’ombre, des collines, des fjords. Et quand la neige tombe, on frissonnerait presque.
Comme à chaque fois, l'auteur nous livre une analyse historique et sociale de la société dans laquelle évolue son anti héros. Dans "rouge gorges" les engagés volontaires dans la Waffen SS en 1940 et cette fois c’est la communauté tzigane.
Des personnages atypiques et attachants, une ambiance délicieuse, des intrigues tortueuses à souhait et nombreux rebondissements, voici la recette concoctée par Jo Nesbo qui l’exécute d’une main de maître et y met sa touche norvégienne, le tout pour nous régaler pendant tout le roman.



