19 juin 2008
Petit retour sur la planète blog
Je l'avoue, j'ai délaissé mon blog ainsi que la blogosphère littéraire. Les raisons de ce constat sont multiples, sûrement un peu de lassitude, peut être parce que je dévore moins de livres en ce moment, mais surtout parce que ma coloc a une vie tout à fait dissolue et organise d'énormes fêtes à l'appart depuis deux mois ... et c'est pas facile à gérer vous pouvez me croire !!!!
Enfin, je suis de retour avec un NESBO, auteur que j'affectionne particulièrement comme vous avez pu vous en rendre compte dans deux posts précédents, et je ne suis pas le seul sur la blogosphère puisqu'il a été encensé par Thom legolb dans un excellent article sur son quatrième opus.
Rouge-Gorge, c'est le surnom d'un soldat mort qui continue pourtant de faire parler de lui. C'est aussi l'oiseau, discret comme le destin, qui vient à chaque porte, un jour, prendre son dû... Harry Hole, à la suite d'une bévue diplomatiquement grave, est muté à la surveillance des milieux néo-nazis de Norvège. Une seule consigne : faire le mort. Hole le voudrait qu'il n'y parviendrait pas. Surtout si sa meilleure amie est retrouvée littéralement brisée sur un chemin de neige. Surtout s'il découvre que l'un des fusils les plus rares au monde, spécifiquement utilisé par le terrorisme international, est arrivé sur le territoire... Le passé, prompt à rattraper le présent, refait surface avec une question lancinante : que s'est-il réellement passé cinquante ans plus tôt dans les tranchées de Leningrad ?
Avec Hary Hole, on a une certitude c'est que ce personnage reste égal à lui même... Même si Jo Nesbo a pris l'habitude de l'envoyer enquêter aux quatre coins du monde, il ne change pas et ce n'est pas un retour au pays qui va modifier l'individu.
Toutefois, le retour est difficile pour Harry qui se remet mal de ses "voyages" et peine à se sortir de ses problèmes d'alcoolisme d'autant plus qu'il est lancé dans cette nouvelle enquête sur la piste d'un fantôme soldat de la deuxième guerre mondiale. Et chercher un fantôme, c'est loin d'être une partie gagnée !
Ici,le passé se recoupe avec le présent et les milieux néo nazis nordiques nous sont ici décrits avec force et intelligence. Nesbo a l'intelligence de ne faire aucun de jugement moral, il se sert juste de son écriture noire, parfois glauque, humaine pour nous raconter l'histoire de son propre pays et revenir sur son engagement durant la seconde guerre mondiale.
L'intrigue est particulièrement dense, foisonnante. Elle permet à l'auteur de mettre en lumière les résurgences actuelles de l'idéologie nazie dans la société norvégienne en éclairant leurs racines qui plongent jusqu'aux années précédent la seconde guerre mondiale, et en expliquant quel creuset l'idéal national socialiste allait y trouver.
Rouge-Gorge est un de ces romans qui laissent des traces par les interrogations qu'ils suscitent. Jo Nesbo se livre là à une sorte d'introspection de l'identité norvégienne qui révèle des "secrets" inattendus, ou pour le moins ignorés.
26 mai 2008
Les cafards
Un somptueux couteau thaïlandais enduit de graisse norvégienne est retrouvé planté dans le dos d'un ambassadeur scandinave. L'homme est mort dans une chambre de passe à Bangkok. Près de lui, une valise au contenu sulfureux de quoi nuire, de quoi faire très mal... A peine revenu d'Australie, Harry Hole repart pour l'Asie, ses usages millénaires, ses secrets et sa criminalité dont il ignore tout. Toujours aussi cynique, intimement blessé, l'inspecteur venu d'Oslo va se heurter de plein fouet à cette culture ancestrale en pleine mutation. Un tueur local monstrueux le traque sans relâche. L'affaire se complique au-delà de la raison. Bangkok reste une ville à part. Un mystère pour celui qui s'y arrête. Hole ira jusqu'au bout, au plus profond du cœur d'un homme, jusqu'à l'invraisemblable...
Ce deuxième opus des aventures de Harry Hole est dans la continuité du premier. J'ai adoré "L'homme Chauve Souris", et la suite est remarquable en tous points : l'auteur utilise le même canevas, un inspecteur tourmenté, alcoolique et désabusé est envoyé par le gouvernement norvégien pour enquêter sur la mort suspecte d'un de ses ressortissants ; il s'agit cette fois d'une affaire délicate car le "cadavre" appartient à la diplomatie norvégienne et que notre inspecteur se retrouve sur un terrain miné. Cette aventure reste aussi un cache cache de plus entre un flic et un tueur, mais Harry est ici encore l'anti héros parfait, nous dévoilant sa sensibilité d'écorché vif, plein d'humanité et de doutes.
Jo Nesbø inscrit ses intrigues dans un contexte historique et social. Après sa vision "australienne", il nous convie avec Les Cafards à une visite guidée de la Thaïlande, de Bangkok, et d'une particularité qui lie plus précisément les pays nordiques à ce coin d'Asie : le tourisme sexuel, voire la pédophilie.
Là où cet auteur est remarquable, c'est qu'à travers une intrigue superbement ficelée et en compagnie de personnages qui ne sont pas là pour la figuration, il montre le visage d'une Thaïlande façonnée par les occidentaux dans les années 60 qui, après avoir été la "maison close" de campagne des troupes américaines cantonnées au Vietnam, est devenue, entre autre, un pays dont l'industrie sexuelle semble surpasser toutes les autres. Il nous fait approcher également une ambiance, une autre culture, lointaine, une autre civilisation, empreinte de fièreté.
On découvre un roman dense, sans temps mort, violent, qui avec beaucoup de fluidité, nous emporte à l'autre bout du monde.
02 mai 2008
L'homme chauve souris
Quatrième de couverture
Une jeune Norvégienne est retrouvée assassinée à Sydney, en Australie. Harry Hole, de la police d'Oslo, est envoyé sur place pour participer à l'enquête menée par ses collègues australiens. Tandis que Harry fait connaissance avec une autre culture, les meurtres se multiplient. Les soupçons portent bientôt sur le monde interlope de Sydney, sa vie nocturne, mais amène aussi Harry à se pencher sur les légendes aborigènes et l'histoire de l'Australie. Et par la même occasion de faire le point, sur ses obsessions, ses erreurs professionnelles, ses mauvais penchants, et son rapport aux femmes.
Encore un auteur scandinave, me direz-vous ! Dans la palette des auteurs de polar venus du nord, voici Jo Nesbo, ancienne star du rock et critique musical, dont la plupart de ses premières œuvres se déroulent à l'étranger. Dans ce premier opus, c'est en Australie que l'inspecteur Hole (anti héros à l'image d'un Erlendur Sveinsson) va plonger en des eaux ténébreuses afin d'élucider un meurtre qui le conduira vers un serial killer...
Jo Nesbø, à travers le regard de Harry Hole, nous dresse le portrait d'une nation fondée par nos amis anglais sur la terre des civilisations aborigènes. Il rappelle l'histoire des premiers colons, prisonniers, bagnards, criminels, qui furent le fondement d'une nouvelle société, il explique dans un premier temps le rejet absolu des indigènes, puis ensuite les diverses tentatives d'intégration. Il souligne les différentes problématiques de ce pays à la fois tout neuf et au passé ancestral, la confrontation du puritanisme anglais et de l'esprit de liberté, le fait que l'Australie soit à la fois un pays un peu rustique et Sydney la Mecque de la communauté homosexuelle, où les côtes de l'île le repaire de la génération post Flower Power.
Comme chez beaucoup d'auteurs scandinaves, on ne trouve pas de super héros chez Jo Nesbø, pas de détective au flair infaillible, juste un homme comme les autres avec un métier particulier, policier. Un homme avec ses failles, ses blessures, ses démons qui vont resurgir d'un passé fragile.
Pour autant, Jo Nesbø ne fait pas qu'une simple analyse psychologique de son enquêteur et ne délaisse son intrigue policière qui, même si elle utilise quelques ressorts classiques, nous entraîne tout de même dans une dernière partie haletante.
Aidé par une construction qui s'articule autour d'une vieille légende aborigène, l'auteur nous livre là un remarquable premier roman où l'amour et la mort se livre un combat sans issue.
Finalement, au delà d'un beau voyage en Australie auquel nous convie Nesbo à cette occasion, c'est dans son monde que nous pénétrons réellement. Un monde violent et pas vraiment optimiste. Mais qui reste imaginatif, noir et plein d'espoir. La première caractéristique des livres de Nesbo est qu'ils sont intelligents... La seconde, est qu'ils sont très bien écrits. Depuis, Dennis Lehane, je n'avais pas été aussi enthousiaste pour un auteur de polar et c'est sans retenue que je vais poursuivre la lecture des romans de cet auteur.
12 avril 2008
Le syndrome Copernic
Un matin d'été ordinaire, trois bombes explosent dans une haute tour du quartier de la Défense. Toutes les personnes qui étaient entrées dans le gratte-ciel périssent dans l'effondrement. Toutes, sauf une. Vigo Ravel, quelques minutes avant l'attentat, a entendu des voix dans sa tête qui lui ordonnaient de fuir. Et il a survécu. Il comprend alors qu'il détient un secret qui pourrait changer la face du monde. Mais il ne suffit pas de connaître un secret, si grand soit-il. Encore faut-il en comprendre l'origine. Qui sont ces hommes qui le traquent ? Quelle énigme se cache derrière le Protocole 88 ? Que signifient les voix que lui seul semble pouvoir entendre ? Il est des mystères qui valent tous les sacrifices. Même celui de l'âme.
D'un côté, lorsque j'ai posé les yeux sur ce livre, je me suis demandé si je n'avais pas encore devant moi un thriller incohérent et nébuleux, à la limite du fantastique, dont la trame aurait pour finalité de découvrir un horrible complot étatique.
D'un autre côté, je sortais de la lecture éprouvante de" au dessous du volcan" et j'avais envie de lire un livre assez facile d'approche, sans que je sois obligé de relire trois fois un paragraphes pour en comprendre le sens. Et finalement, ce livre, sans être un chef d'oeuvre du genre, fut une bonne surprise.
Dès le départ on se rend compte que le monde qui entoure Vigo Ravel est particulièrement hostile, les nombreuses voix qu’il entend, les événements particuliers qui se déroulent à ses côtés. Mais pour lui rien n’est anodin, tout ce qui se passe dans son cerveau est authentique, réel. Au fil de la lecture, on s'interroge sur les capacités de l'être humain à avoir confiance en soi lorsque l’on est schizophrène ? L'auteur illustre parfaitement cette question grâce à un récit parsemé de “peut-être”, à l’image du narrateur qui hésite perpétuellement entre imaginaire et réel.
L'intérêt de ce thriller est qu'il est sans cesse en mouvement, nous emmenant toujours plus loin. On est pressé de savoir ce qu'il va lui arriver, on dévore les pages les unes après les autres. J'en suis ressorti essoufflé, presque fatigué de devoir assister à tant de luttes et de conflits intérieurs. Toutefois, malgré les nombreux rebondissements, tout reste crédible et ne colle pas aux grandes révélations parfois fracassantes et ridicules des romans américains. Un bon roman de transition qui se lit très vite avec l'avantage de passer un bon moment.
01 avril 2008
Les portes du sommeil
Paris, 1934. Andrew Singleton et James Trelawney sont chargés d'enquêter sur une étrange affaire. Un spécialiste du sommeil et un poète surréaliste, dont le seul point commun semble être l'intérêt pour l'étude des rêves, ont été retrouvés littéralement morts de peur dans leur lit. Fait troublant, un énigmatique " personnage en noir " a visité chacune des victimes quelques jours avant leur disparition. Mais qui est cet homme de l'ombre ? Quelle terrible machination prépare-t-il ? Et que signifient les visions de cette belle inconnue qui hantent les nuits d'Andrew ? Cette course-poursuite palpitante conduira nos jeunes détectives des milieux surréalistes parisiens jusqu'à un mystérieux château sur les bords du Danube. Au-delà des portes du sommeil.
Peut on mourir de peur en rêvant ? La réponse à cette question est susceptible de nous faire passer pas mal de nuits blanches ! Et c'est ce mystère que vont essayer d'élucider nos deux détectives britanniques...
On retrouve Andrew Singleton, en voyage à Paris, pour comprendre les mystères du suicide du poète De Nerval, qui va vite se retrouver mêlé à cette enquête déroutant la police française, très vite rejoint par son accolyte James Trelawney dans la Ville Lumière.
Nos détectives se lancent alors sur les traces d’un "autrichien" énigmatique qui a rendu visite aux victimes quelques jours avant ces deux drames. Tandis qu’une belle inconnue hante les rêves d’Andrew, le nombre des victimes s’accroît. Nos limiers parviendront ils à percer les secrets des portes du sommeil ?
Après Le fantôme de Baker Street, Fabrice Bourland nous offre une incursion dans le Paris des années 30, un voyage dans les voitures du mythique Orient-Express et une balade sur les berges du Danube le tout agrémenté par la montée du nazisme. À la fois très bien documenté et fort divertissant, Les portes du sommeil se lit avec un plaisir renouvelé.
L'auteur nous présente ses héros comme de fidèles héritiers des détectives des années 30, avec une intrigue partagée entre Rouletabille et des influences provenant d'Edgar Allan Poe, menant une enquête pleine de rebondissement et saupoudrée d'occultisme onirique.
Je vous invite à aller de nouveau voir la rencontre de Lou avec l'auteur de ce roman lors du salon du livre.
06 mars 2008
La voix
Mauvaise publicité pour l'hôtel de luxe envahi par les touristes ! Le pantalon sur les chevilles, le Père Noël est retrouvé assassiné dans un sordide cagibi juste avant le traditionnel goûter d'enfants. La direction impose la discrétion, mais le commissaire Erlendur Sveinsson ne l'entend pas de cette oreille. Déprimé, assailli par des souvenirs d'enfance douloureux, il s'installe dans l'hôtel et en fouille obstinément les moindres recoins...
On rentre dans cette histoire, avec une image un peu spéciale, celle d'un père Noël percé de plusieurs coups de couteau, surpris dans une délicate position un brin lubrique. En fait, il est difficile de dépeindre un tableau plus glauque.
Mais cela ne perturbe pas trop le commissaire Erlendur, qui tout au long de sa carrière en a vu d'autre et même, on peut dire que ça titille sa curiosité. Je suppose que vous connaissez tous ce flic taciturne et bougon qui figure sans doute parmi les personnages de thriller les plus intéressants qu’il nous ait été donné de lire ces dernières années.
Et là, il n'est pas épargné, il doit à la fois concilier cette enquête avec les problèmes de sa fille junkie - qui vient de perdre son enfant et menace à chaque instant de rechuter - mais aussi avec les souvenirs du drame de son enfance, qui resurgit avec une telle force que ça lui cause des hallucinations.
Comme toujours chez Indridason, le passé tient une place primordiale. C’est lui qui resurgit alors qu’on l’avait étouffé sous un monticule de mensonges et de silences, lui qui vous éclate à la figure, éclaboussant tout sur son passage et n'épargnant personne. Il explore les zones d’ombre de l’humanité, les coins obscurs de nos souvenirs, le tout saupoudré d’un humour grinçant.
Mais derrière la noirceur de ce roman se dégage une profonde humanité, à la fois touchante et bouleversante. Ce qui confirme que cet auteur est vraiment un des maîtres du polar venu du froid.
26 février 2008
Le fantôme de Baker Street
Londres, 1932. Depuis que la municipalité a attribué à la maison du major Hipwood le n° 221 à Baker Street, le salon du premier étage semble hanté. S'agit-il d'un esprit, comme le prétendent certains ? Existe-t-il un lien entre ces manifestations et la série de crimes qui ensanglante Whitechapel et les beaux quartiers du West End ? Motivée par un funeste pressentiment, lady Conan Doyle, la veuve de l'écrivain, sollicite l'aide de deux détectives amateurs, Andrew Singleton et James Trelawney. Lors d'une séance de spiritisme organisée à Baker Street, ces derniers découvrent avec effarement l'identité du fantôme. Et quand ils comprennent que les meurtres à la une des journaux imitent ceux commis par Jack l'Eventreur, Dracula, Mr Hyde et Dorian Gray, nos jeunes enquêteurs sont entraînés dans une aventure qu'ils ne sont pas près d'oublier. Un hymne enflammé à la littérature victorienne et à ses monstres sacrés !
Que peuvent espérer de mieux deux apprentis détectives que de rencontrer le maître en la matière ? C'est l'opportunité qui est offerte à Andrew Singleton et son ami James Trelawney qui viennent de s'installer comme détectives à Londres...
Nous sommes au début des années 30 et le temps semble un peu arrêter pour ces deux jeunes hommes en quête d'aventures. Heureusement pour eux tout va s'accélérer grâce à leur rencontre avec lady Conan Doyle, la veuve du célèbre écrivain mort deux ans plus tôt.
Elle tient à les informer qu'un fantôme hante le 221 Baker Street, domicile du non moins célèbre Sherlock Holmes. Nos deux détectives débutants vont très rapidement se plonger au cœur des cercles spirites londoniens que l'écrivain britannique fréquenta assidûment à la fin de sa vie. Ectoplasmes, tables tournantes, "psychographies" (photographies d'esprits), rien ne manque à l'attirail traditionnel de ce genre de réunions.
Malheureusement, alors qu'ils doivent trouver une solution à l'incroyable apparition d'un personnage qui ne fut jamais incarné, Singleton et Trelawney comprennent rapidement que Holmes n'est pas le seul personnage de fiction à faire des siennes et que les plus machiavéliques meurtriers littéraires victoriens ont partie liée avec les meurtres qui ensanglantent l'East End, quarante ans après Jack l'éventreur…
Fabrice Bourland connaît très bien le Londres et la littérature anglaise du XIXème siècle : il arrive à créer une ambiance victorienne, jusque dans les descriptions et le vocabulaire utilisés. Les informations historiques sont nombreuses et le profane apprendra quantité de choses sur la vie de Conan Doyle, ses "relations" avec Sherlock Holmes et l'importance que le spiritisme prit à la fin de sa vie.
De même, ce roman m'a beaucoup plu, d'abord pour sa description de l'univers du spiritisme de l'époque, qui a transcendé beaucoup de personnages connus (Victor Hugo en était un fidèle adepte pour rentrer en relation avec sa fille défunte) mais surtout en prenant comme référence ce célèbre détective dont les aventures ont bercé mon adolescence.
Là où je suis un peu moins enthousiaste, c'est dans l'accumulation de figures littéraires quand les seuls Sherlock et Jack l'éventreur auraient amplement suffi à l'intrigue. Cette enthousiasme de l'auteur pour les monstres sacrés de la littérature victorienne, que ce soient les Dracula, Mr. Hyde, le docteur Moreau, Dorian Gray et sans oublier le professeur Moriarty, et leur rassemblement en tant qu'association du crime rend l'histoire un peu incohérente.
Toutefois, lier l'apparition de ces meurtriers de fiction à leur vogue cinématographique et donc à l'importance qu'au début des années 30 ils occupaient dans l'imaginaire des gens est une excellente idée, ce qui permet finalement à l'intrigue de conserver un certain crédit.
Je vous invite à aller voir l'excellente chronique de Lou sur ce roman.
06 février 2008
Pélerin
Quatrième de couverture
Pam Barret est journaliste à la télévision. Mais on ne peut pas dire que sa carrière décolle. Jusqu'au jour où elle assiste à une scène proprement stupéfiante : en plein New York, une jeune patineuse est assommée et égorgée par un oiseau géant qui disparaît aussi vite qu'il est venu. Panique, stupeur, les témoins croient avoir rêvé, mais des touristes ont filmé l'attaque. Pam comprend qu'elle a une chance de faire la " une " en rapportant ces images insensées. Un ornithologue lui confirme bientôt que le " meurtrier " est un faucon pèlerin femelle, mais un spécimen anormalement grand, et jamais ce type d'oiseau ne fondrait sans raison sur un humain, encore moins pour le tuer. De plus, comment cet animal s'est-il perdu dans Manhattan ? Peut-être n'est-il pas perdu justement, et dans ce cas, l'affaire n'est plus du ressort des ornithologues mais de la police. Palpitant, envoûtant, ce thriller nous plonge dans le monde mystérieux de la fauconnerie.
La première scène de ce roman se situe dans un New York des années 80, en plein hiver, Pam Barrett journaliste sportive, empreinte de doutes sur l'avenir de sa carrière, est stoppée dans ses pensées moroses par un accident stupéfiant : un gigantesque oiseau tombe du ciel sur une patineuse, l'égorge et repart dans les cieux aussi vite et brutalement qu'il était arrivé. Ce fait divers va brusquement changer sa vie et nous voila embarquer dans la quête de cet oiseaux terrifiant.
Bon, je sens un peu de réticence de votre part, un aigle géant qui tue les gens en pleine ville, vous êtes sûrement en train de vous dire, c'est quoi cette histoire abracadabrante !
Et pourtant, je suis rentré rapidement dans ce thriller original et il m'a captivé de bout en bout. Sûrement grâce au talent de William Bayer (auteur de l'excellent «Le rêve des chevaux brisés» chez le même éditeur) qui donne de la densité à ses personnages, tisse de subtils liens entre eux, augmente le rythme de l'histoire pour terminer sur un final endiablé.
Finalement, ce thriller est parfaitement maîtrisé, et nous présente en même temps une réflexion sur la déontologie du journalisme...
10 janvier 2008
Mister Candid
Depuis dix-sept ans, le FBI recherche un meurtrier. Depuis dix-sept ans, Mr. Candid, alias Charlie "Chum" Kane, est une légende. Agé de 38 ans, ce justicier des temps modernes, 90 meurtres à son actif, parcourt le pays sans relâche à l’affût des crapules. Mais pour la plupart des gens, il n’existe même pas. C’est juste un fantôme, un portrait-robot. Ils l’appellent Mr Candid. Et il extrêmement dangereux. Pourtant rien ne laissait présager un tel destin. Mais quand la fatalité s’abat sur sa famille, l’avenir prometteur qui s’offrait à lui s’effondre brutalement. Ainsi commence l’épopée brutale et dantesque de Mr. Candid lorsque son funeste passé le rattrape. Les destins croisés des protagonistes retracent alors l’incroyable itinéraire de ce meurtrier-justicier dévoilant un jeu de miroir inquiétant où plane une malédiction familiale.
Lire ce roman ce fut comme déguster un café noir, très noir. Son arome et son apreté m'ont secoués mais c'est pas pour autant que j'ai eu envie de rajouter un sucre pour en atténuer la dureté, et pourtant ce gout n'est pas prêt de me quitter.
Charlie « Chum » Kane est un tueur en série que le FBI recherche depuis plus de dix-sept ans sans même parvenir à déterminer s'il existe bel et bien ou s'il n'est qu'une légende urbaine, le fruit de plusieurs meurtriers différents. Mais peu à peu certains événements sans lien apparent se produisent et l'étau se resserre. On découvre dans ce roman des personnages façonnés avec brio dont les illusions et le parcours s’articulent parfaitement autour d’une chasse à l’homme.
Le côté surprenant, c'est que Charlie Kane, alias Mister Candid, est un meurtrier que bien des gens ont du mal à détester puisqu'il élimine les criminels sexuels les plus tordus. Cette empathie vis à vis de ce tueur s'est développee en moi grâce aux récits bouleversants et mélancoliques qu'il nous livre tout le long du livre.
On pourrait faire un parallèle avec ce cher "Dexter", tueur en série accompli, mettant son "art" au service de la société en éliminant les pires délinquants. Une justice radicale, je le conçois !
Jules Hardy arrive à maintenir le suspense en nous livrant le passé de Charlie au goutte à goutte. Et petit à petit les morceaux du puzzle s'emboîtent. Avec ce thriller psychologique raffiné et intense, avec ce chassé-croisé de personnages dévastés, on entame une descente aux enfers où romantisme et violence nous captivent de bout en bout.
29 décembre 2007
L'homme aux lèvres de saphir
Quatrième de couverture
Paris, 1870. Une série de meurtres sauvages semble obéir à une logique implacable et mystérieuse qui stupéfie la police, fort dépourvue face à ces crimes d'un genre nouveau. Le meurtrier, lui, se veut " artiste " : il fait de la poésie concrète, il rend hommage à celui qu'il considère comme le plus grand écrivain du XIXe siècle, Isidore Ducasse, comte de Lautréamont, dont il prétend promouvoir le génie méconnu. Dans le labyrinthe d'une ville grouillante de vie et de misère, entre l'espoir de lendemains meilleurs et la violence d'un régime à bout de souffle, un ouvrier révolutionnaire, un inspecteur de la sûreté, et deux femmes que la vie n'a pas épargnées vont croiser la trajectoire démente de l'assassin. Nul ne sortira indemne de cette redoutable rencontre.
L'Homme aux Lèvres de Saphir est un roman noir "historique" puisqu'il nous plonge dans le Paris des années 1870. Mais paradoxalement c'est un roman incroyablement moderne sur le plan de l'écriture comme des thèmes abordés.
Le contexte, on le connaît si on s'intéresse un peu à l'histoire de France d'avant la Commune: crise sociale, ouvriers en révolte contre l'oppression et la bourgeoisie, policiers à la solde du régime impérial, plus prompts à écraser les révoltes qu'à faire leur travail d'investigation etc...Mais tout cela, au fond, ne pourrait on pas le transposer à n'importe quelle époque, y compris la notre, ce début de XXIème siècle ultra libérale, à tendance inhumaine où l'asservissement s'est transformé mais reste d'actualité...enfin c'est un tout autre débat.
Pour en revenir à ce polar, il soulève un questionnement : la violence de certaines œuvres d'art peuvent-elles amener au passage à l'acte. C'est un questionnement quotidien face à la télévision, aux jeux vidéo et à certains films. Hervé Le Corre nous donne à découvrir Isidore Ducasse alias Lautréamont et l'un de ses amis de rencontre qui l'admire et veut aller plus loin que son maître, rendre réel « Les chants de Maldoror ».
Le criminel pourchassé est d'ailleurs dans le roman le symbole du passage entre un monde humain et un monde de machines, auxquelles plus rien ne peut s'opposer (il s'émerveille devant les ravages des armes à feu et trouve dans la guerre, un nouveau terrain de jeu possible).
Les révoltes d'ouvriers dans les rues de Paris sont écrasées aussi sûrement que le meurtrier fait exploser la tête de ses victimes avec un pistolet. C'est irréversible, irrémédiable.
Pour vaincre ou même ne pas être vaincu, les protagonistes n'auront pas le choix, il faudra rentrer dans la même logique : opposer à la machine d'autres machines, opposer à la brutalité encore plus de brutalité.
La plume d'Hervé Le Corre nous livre une écriture riche qui sait s'adapter parfaitement au vocabulaire de l'époque, cet argot oublié mais tellement jouissif .
Le roman se dévore même si la fin, selon moi un peu bâclée, nous laisse insatisfait. Néanmoins ce livre original reste un polar historique et littéraire de grande qualité qui mérite largement le détour...










