19 février 2009
Tout est sous controle
On peut avoir un caractère de chien, un sens de la répartie assassin, mais rester, même malgré soi, un mec bien. Hugh Laurie, formidable interprète du Dr. House, a largement su le prouver sur le petit écran, il récidive avec ce thriller palpitant dont le héros, Thomas Lang est un ancien militaire d'élite qui, hormis sa Kawasaki ZZR1100, n'a pas grand chose à perdre. Aussi, lorsqu'on lui propose 100 000 dollars pour tuer Mr. Woolf, un riche homme d'affaire londonien, Thomas ne se contente pas de refuser poliment, mais pousse l'indécence jusqu'à essayer de prévenir la future victime du complot qui se trame contre lui. Une bonne intention ? L'enfer en est pavé.
On l'avait laissé dans son habit de docteur antipathique et cynique clopinant dans ce couloir d'hôpital avec une horde de médecins à ses trousses attendant le bon diagnostic comme un miracle ! On retrouve Hugh Laurie un stylo entre les mains avec toujours ce petit côté génial parce que complexe.
Il est vrai que la carrière de notre docteur cynique et dépressif a mis pas mal de temps à décoller, jusqu'à ce que Bob Singer, producteur de la série et surtout scénariste du génialissime "the usual suspect" donne à Hugh le rôle de sa vie.
Et si au delà d'un très bon acteur, il se révélait un excellent auteur ? Il n'y a qu'un pas que Laurie a franchi avec succès avec ce thriller où il joue, je vous le donne en mille....sur la corde du cynisme et de l'humour au vitriol. Le shéma traditionnel de cette histoire d'espionnage devient vite, sous la plume de cet auteur inspiré et facétieux, décapant !
D'autant plus qu'il arrive à mettre sous pression son lecteur, car on se perd en conjoncture au fur et à mesure qu'on tourne les pages, pour savoir qui sont les bons et les méchants.
Acteur, auteur, musicien, Monsieur Laurie vous excellez dans pas mal d'arts, ce qui vous donne un petit côté énervant mais en fin de compte on vous adore.
02 décembre 2008
L'étoile du diable
Quatrième de couverture
Eté caniculaire à Oslo. Depuis l'assassinat de sa coéquipière, Harry Hole, flic acharné et intuitif, a sombré dans l'alcool et le désespoir. Les deux inspecteurs menaient une enquête sur un trafic d'armes auquel certains éléments corrompus de la police seraient mêlés. Paranoïaque et à bout de nerfs, Hole entame une longue descente aux enfers que rien ne semble pouvoir arrêter. Alors que ses supérieurs pensent à le suspendre, une sanglante affaire va le remettre sur les rails. Depuis quelques jours, des cadavres sont en effet retrouvés aux quatre coins de la capitale norvégienne. Le modus operandi est toujours le même : l'ablation de l'un des doigts des victimes et la présence à proximité des corps mutilés d'un diamant rouge taillé en forme d'étoile et d'un pentagramme, symbole occulte plus connu sous le nom d'" étoile du diable ". La police doit se rendre à l'évidence : un serial killer opère dans les rues d'Oslo. Mais attention, le diable est rarement celui qu'on croit...
Comme souvent, Jo Nesbo nous plonge dans une nuit sombre, où l'on retrouve son inspecteur qui avance à l'aveugle pour coincer un serial killer opérant dans Oslo...
Le temps passe et l'inspecteur Hole ne change guère, il apparaît toujours décalé par rapport à ses confrères très politiquement corrects. Personnage désabusé, alcoolique parfois repenti, qui pose son regard désespéré sur cette humanité qui lui est si proche, et si étrangère à la fois.
Je vais sûrement me répéter mais Jo Nesbo tient une place prépondérante dans l'univers du roman noir. Cette aventure ne déroge pas au reste de son œuvre, elle est sans concessions, sombre, noire et souvent grinçante, nous rappelant sans cesse qu'il y a un peu du Harry Hole en chacun de nous...
13 novembre 2008
Le mur du silence
L'été est très chaud et le commissaire Van Veeteren, épuisé, se réjouit de partir bientôt en Crète lorsqu'un jeune inspecteur de la ville voisine dépassé par les événements sollicite son aide. Deux appels anonymes lui ont signalé la disparition d'une adolescente séjournant dans un camp de vacances. Bientôt, un premier cadavre est retrouvé dans la forêt. En fait de camp de vacances, Van Veeteren découvre plutôt une secte rigide, La Vie Pure, dirigée par un maître qui a tout pouvoir sur ses adeptes. Van Veeteren avance à tâtons dans un monde de silence avec pour seul guide son intuition. Le sinistre gourou de la communauté a le profil du parfait assassin, mais si la vérité était ailleurs ?
Connaissant un peu l'auteur, qui peut être considéré comme l'étoile montante du polar suédois, je me suis plongé dans ce roman avec envie. Le rythme y est soutenu, le suspense omniprésent. Même si l'objectif de la police au départ est clair : il faut retrouver les disparus, les identifier, pénétrer l'environnement d'une secte, trouver l'identité de la personne auteur de coups de fils anonymes et surtout débusquer l'assassin pour que cessent les crimes. Rien n'est facile dans une enquête de ce type, et il faudra que ce vieux limier de Van Veeteren use de tout son talent pour découvrir la vérité.
Hakan Nesser développe avec beaucoup de justesse le personnage vieillissant du commissaire Van Veeteren, en perpétuelle hésitation entre une retraite idéalisée et le besoin de se prouver qu’il est encore l’homme de la situation.
Dans Le Mur du silence, cette réflexion s’intègre très bien à une intrigue captivante: une série de meurtres de jeunes filles possiblement reliés à une secte religieuse, La vie pure. Avec la disparition du gourou, profil de coupable idéal et le véritable mur de silence des adeptes de la secte, l’affaire semble simple, mais Van Veeteren se méfie des jugements rapides: il aura besoin de toute son intuition et d’un peu de chance pour la résoudre.
Finalement un très bon moment de lecture à passer avec une petite morale à la clé. Ne vous fiez pas aux préjugés.....
20 septembre 2008
Le secrétaire italien
L'affaire commence lorsque Holmes reçoit un télégramme de son frère Mycroft l'appelant à l'aide. Proche conseiller de la reine Victoria, ce dernier craint pour la vie de la souveraine. Fait étrange, deux de ses serviteurs ont été percés de plus de cinquante coup de poignard, exactement comme le secrétaire italien de Marie Stuart, assassiné trois siècles plus tôt. Il n'en faut pas plus à Holmes et à son fidèle Watson pour accourir sur les lieux du drame et démontrer que la force de déduction vient forcément à bout de l'inextricable quand il s'agit de défendre l'ordre, l'Empire et la reine Victoria !
Ce roman nous livre une nouvelle aventure de SherlockSherlock Holmes écrite par Caleb Carr, auteur de deux excellents romans, l'Aliéniste et l'Ange des ténèbres, thrillers pertinents avec une analyse psychologique des crimes, des fictions historiques très bien documentées et des intrigues à rebondissement..
Je me souviens encore très bien du plaisir que j'ai m'a procuré la lecture de ces deux romans, et c'est donc avec pas mal d'envie que je me suis lancé dans la lecture du "Secrétaire italien".
Après lecture, j'ai un sentiment partagé.
Les amateurs des nouvelles et romans de Conan Doyle seront avant tout ravis du respect des aventures originales de SherlockSherlock Holmes. On voit que Caleb Carr, comme tout fidèle admirateur du détective anglais, s'est imprégné de l'esprit de ses enquêtes, et qu'il connaît sans doute sur le bout des doigts les histoires mettant en scène Holmes et Watson.
Le lecteur appréciera également le travail accompli par Carr au niveau de l'ambiance. Qu'il s'agisse de la justesse des descriptions de l'Ecosse, du souci de respect de l'Histoire, ou du climat dans lequel baigne cette aventure (on repense bien sûr au roman Le Chien des Baskervilles).
Toutefois, je trouve un peu dommage que cette approche historique prenne trop souvent le pas sur l'intrigue, au final un peu décevante.
12 août 2008
Le parfum d'Adam
Pologne, printemps 2005. Juliette, jeune française, libère des animaux de laboratoire. Cette action militante va l'entraîner au coeur de l'écologie radicale... Des territoires indiens d'Amérique aux ghettos pour milliardaires du Lac Léman, ce roman explore le monde de l'écologie radicale consitutant selon le FBI la deuxième source de terrorisme mondial.
Ce type de livre est un peu l'archétype du thriller apocalyptique que normalement je n'achète jamais. Je suis donc resté un peu songeur devant la couverture de ce roman de Rufin, annonçant un «thriller écologique», je me suis demandé quelle mouche a pu piquer l'auteur de «L'Abyssin».
La curiosité est souvent un vilain défaut, mais la lecture de ce roman a mis à mal cet adage, car finalement ce livre réserve de bonnes surprises. Il reprend à la perfection les codes du genre et rassemble les fidèles obsessions de l'auteur : le héros sans attache, la traversée des mondes, le goût de l'imaginaire, la lutte du Bien contre le Mal...
A travers le cheminement de Juliette d'un côté, de Paul et Kerry de l'autre, on suit l'écrivain à la rencontre de la "deep ecology", théorie qui remet en cause la population humaine, laquelle devient source de déséquilibre pour la Nature. L'auteur pousse les idées de ce courant jusqu'au bout en faisant en sorte qu'un groupe écologiste bénéficiant de moyens donnés par des grandes fortunes, arrive à organisé un attentat bactériologique à l'échelle mondiale.
A la lecture de ce roman, on songe parfois au film «L'armée des douze singes» -, il fait frémir en même temps qu'il porte à la réflexion. On pense aussi aux plus grands auteurs en la matière, à Greene, à Le Carré. Avec, de surcroît, cette manière propre à Rufin de faire comprendre les enjeux, d'exposer une autre vision du monde, de montrer, toute l'importance de l'humain.
Toutefois, le scénario pourrait sembler crédible s'il n'était jonché de facilités scénaristiques permettant un peu trop facilement de résoudre les énigmes. JC Rufin ne maîtrise pas totalement toutes les règles du thriller. Par contre, son expérience diplomatique et humanitaire joue en sa faveur..
Au final, malgré la longueur de la mise en place de l'action, c'est un bon roman qui nous pousse à nous poser des questions sur l'avenir de notre humanité et c'est le but avoué de l'écrivain. On devine que l'auteur, humaniste, donne à l'homme la première place dans tout mouvement écologique.
27 juillet 2008
Si Dieu dort
Le lieutenant Glass est incontestablement marqué, épris de justice, capable de passer en un instant du comportement le plus intraitable à une nonchalance proche du défaitisme. Un homme complexe, bardé de diplômes qui, quoique simple flic, bénéficie de la part de sa hiérarchie, étrangement prudente, d'une sorte de paix royale difficile à comprendre. Si son " taux de nettoyage " parle de lui-même, sa vie reste une énigme. Une série de meurtres visant des récidivistes dangereux, des violeurs et autres tueurs d'enfants tout juste libérés après des peines dérisoires entraîne le lieutenant sur la piste d'un " régulateur " : un tueur anonyme, méthodique et froid, qui semble rendre une justice que les hommes n'appliquent plus. Un juge est abattu. La loi du talion se déchaîne. Œil pour œil, dent pour dent... Glass comprend. Son passé l'y oblige mais son éthique le réprouve. Il est flic. La loi condamne et protège normalement des monstres. Il ne peut fermer les yeux...
Lorsque j'ouvre un bouquin de la collection folio policier, je suis un peu comme Forrest Gump devant une boite de chocolat, je ne sais jamais ce qu'elle va me réserver.
Ce coup ci, je suis tombé sur un chocolat plutôt fort, à la limite de l'amertume mais dont la saveur reste en bouche un certain temps.
Solly Glass est un flic bourru et sensible à la fois, un enquêteur comme je les aime, profondément humain et râleur. Son partenaire, Malone, Irlandais un brin naïf, complète bien le tableau, ils forment une bonne équipe, sous la direction de Keeves, archétype du commissaire soucieux du qu'en dira-t-on et du respect de la hiérarchie. A cela, ajoutez une écriture fluide et agréable et vous avez les ingrédients pour concocter un bon polar.
Avec en prime dans ce récit un message dérangeant. A-t-on le droit de faire justice soi-même lorsque la justice officielle montre ses carences? Et si oui, est-ce punissable de la même manière qu'un meurtre sexuel crapuleux qu'on n'a fait que venger?
Tout au long des pages, l'auteur nous pousse à nous poser ces question. Les dernières lignes de l'ouvrages sèment de surcroît un nouveau doute qui ne fait que renforcer ce questionnement moral.....
07 juillet 2008
Rue Sans Soucis
Rue Sans-Souci... Drôle d'adresse, lorsqu'on est flic, pour y trouver dans un appartement le cadavre d'une femme avec laquelle on vient de passer la nuit. Surtout lorsqu'on ne se rappelle rien... Harry Hole n'est pas au bout de ses peines. Un braqueur, comme en état de transe, a flingué à bout portant une caissière irréprochable après lui avoir murmuré à l'oreille ce qui aurait pu être des mots d'amour. Hole parle de meurtre, sa hiérarchie d'accident. Tant de gens auraient intérêt à le voir tomber que le flic d'Oslo va devoir de nouveau composer avec la loi pour sauver sa peau comme pour traquer le Mal. Ce qu'il avait flairé sera bien au-delà des apparences
On ne change pas une atmosphère qui a fait ses preuves, c'est sur ce postulat que se construisent les romans de Jo Nesbo. Ici encore, l'ambiance est déprimante, et notre inspecteur Hary Hole se trouve dans une situation désespérée : coincé entre une enquête difficile, sur la piste d'un braqueur fantôme et pris au piège d'une infernale machination qui le place comme suspect numéro 1 dans le "suicide" d'une de ses ex, il surnage plus qu'il ne gère ces situations.
Aidé de Beate Lonn, une enquêtrice capable de se souvenir de tous les visages qu’elle a croisés dans sa vie, Harry va devoir jongler entre ces deux enquêtes et déployer tout son talent pour trouver une voie qui l’amènera à la résolution de ces deux meurtres.
Avec cet opus, quatrième enquête de notre inspecteur principal, Jo Nesbo continue de développer le personnage et son entourage, il arrive à nous le rendre encore plus attachant et à nous faire découvrir d’autres facette de sa personnalité. Il nous plonge encore plus dans cette Norvège si attirante. On pourrait comparer cet auteur à un peintre qui fait sortir de sa palette toutes les subtilités de ce paysage scandinave. Par touches discrètes, mais essentielles. Il y met de la lumière, de l’ombre, des collines, des fjords. Et quand la neige tombe, on frissonnerait presque.
Comme à chaque fois, l'auteur nous livre une analyse historique et sociale de la société dans laquelle évolue son anti héros. Dans "rouge gorges" les engagés volontaires dans la Waffen SS en 1940 et cette fois c’est la communauté tzigane.
Des personnages atypiques et attachants, une ambiance délicieuse, des intrigues tortueuses à souhait et nombreux rebondissements, voici la recette concoctée par Jo Nesbo qui l’exécute d’une main de maître et y met sa touche norvégienne, le tout pour nous régaler pendant tout le roman.
19 juin 2008
Petit retour sur la planète blog
Je l'avoue, j'ai délaissé mon blog ainsi que la blogosphère littéraire. Les raisons de ce constat sont multiples, sûrement un peu de lassitude, peut être parce que je dévore moins de livres en ce moment, mais surtout parce que ma coloc a une vie tout à fait dissolue et organise d'énormes fêtes à l'appart depuis deux mois ... et c'est pas facile à gérer vous pouvez me croire !!!!
Enfin, je suis de retour avec un NESBO, auteur que j'affectionne particulièrement comme vous avez pu vous en rendre compte dans deux posts précédents, et je ne suis pas le seul sur la blogosphère puisqu'il a été encensé par Thom legolb dans un excellent article sur son quatrième opus.
Rouge-Gorge, c'est le surnom d'un soldat mort qui continue pourtant de faire parler de lui. C'est aussi l'oiseau, discret comme le destin, qui vient à chaque porte, un jour, prendre son dû... Harry Hole, à la suite d'une bévue diplomatiquement grave, est muté à la surveillance des milieux néo-nazis de Norvège. Une seule consigne : faire le mort. Hole le voudrait qu'il n'y parviendrait pas. Surtout si sa meilleure amie est retrouvée littéralement brisée sur un chemin de neige. Surtout s'il découvre que l'un des fusils les plus rares au monde, spécifiquement utilisé par le terrorisme international, est arrivé sur le territoire... Le passé, prompt à rattraper le présent, refait surface avec une question lancinante : que s'est-il réellement passé cinquante ans plus tôt dans les tranchées de Leningrad ?
Avec Hary Hole, on a une certitude c'est que ce personnage reste égal à lui même... Même si Jo Nesbo a pris l'habitude de l'envoyer enquêter aux quatre coins du monde, il ne change pas et ce n'est pas un retour au pays qui va modifier l'individu.
Toutefois, le retour est difficile pour Harry qui se remet mal de ses "voyages" et peine à se sortir de ses problèmes d'alcoolisme d'autant plus qu'il est lancé dans cette nouvelle enquête sur la piste d'un fantôme soldat de la deuxième guerre mondiale. Et chercher un fantôme, c'est loin d'être une partie gagnée !
Ici,le passé se recoupe avec le présent et les milieux néo nazis nordiques nous sont ici décrits avec force et intelligence. Nesbo a l'intelligence de ne faire aucun de jugement moral, il se sert juste de son écriture noire, parfois glauque, humaine pour nous raconter l'histoire de son propre pays et revenir sur son engagement durant la seconde guerre mondiale.
L'intrigue est particulièrement dense, foisonnante. Elle permet à l'auteur de mettre en lumière les résurgences actuelles de l'idéologie nazie dans la société norvégienne en éclairant leurs racines qui plongent jusqu'aux années précédent la seconde guerre mondiale, et en expliquant quel creuset l'idéal national socialiste allait y trouver.
Rouge-Gorge est un de ces romans qui laissent des traces par les interrogations qu'ils suscitent. Jo Nesbo se livre là à une sorte d'introspection de l'identité norvégienne qui révèle des "secrets" inattendus, ou pour le moins ignorés.
26 mai 2008
Les cafards
Un somptueux couteau thaïlandais enduit de graisse norvégienne est retrouvé planté dans le dos d'un ambassadeur scandinave. L'homme est mort dans une chambre de passe à Bangkok. Près de lui, une valise au contenu sulfureux de quoi nuire, de quoi faire très mal... A peine revenu d'Australie, Harry Hole repart pour l'Asie, ses usages millénaires, ses secrets et sa criminalité dont il ignore tout. Toujours aussi cynique, intimement blessé, l'inspecteur venu d'Oslo va se heurter de plein fouet à cette culture ancestrale en pleine mutation. Un tueur local monstrueux le traque sans relâche. L'affaire se complique au-delà de la raison. Bangkok reste une ville à part. Un mystère pour celui qui s'y arrête. Hole ira jusqu'au bout, au plus profond du cœur d'un homme, jusqu'à l'invraisemblable...
Ce deuxième opus des aventures de Harry Hole est dans la continuité du premier. J'ai adoré "L'homme Chauve Souris", et la suite est remarquable en tous points : l'auteur utilise le même canevas, un inspecteur tourmenté, alcoolique et désabusé est envoyé par le gouvernement norvégien pour enquêter sur la mort suspecte d'un de ses ressortissants ; il s'agit cette fois d'une affaire délicate car le "cadavre" appartient à la diplomatie norvégienne et que notre inspecteur se retrouve sur un terrain miné. Cette aventure reste aussi un cache cache de plus entre un flic et un tueur, mais Harry est ici encore l'anti héros parfait, nous dévoilant sa sensibilité d'écorché vif, plein d'humanité et de doutes.
Jo Nesbø inscrit ses intrigues dans un contexte historique et social. Après sa vision "australienne", il nous convie avec Les Cafards à une visite guidée de la Thaïlande, de Bangkok, et d'une particularité qui lie plus précisément les pays nordiques à ce coin d'Asie : le tourisme sexuel, voire la pédophilie.
Là où cet auteur est remarquable, c'est qu'à travers une intrigue superbement ficelée et en compagnie de personnages qui ne sont pas là pour la figuration, il montre le visage d'une Thaïlande façonnée par les occidentaux dans les années 60 qui, après avoir été la "maison close" de campagne des troupes américaines cantonnées au Vietnam, est devenue, entre autre, un pays dont l'industrie sexuelle semble surpasser toutes les autres. Il nous fait approcher également une ambiance, une autre culture, lointaine, une autre civilisation, empreinte de fièreté.
On découvre un roman dense, sans temps mort, violent, qui avec beaucoup de fluidité, nous emporte à l'autre bout du monde.
02 mai 2008
L'homme chauve souris
Quatrième de couverture
Une jeune Norvégienne est retrouvée assassinée à Sydney, en Australie. Harry Hole, de la police d'Oslo, est envoyé sur place pour participer à l'enquête menée par ses collègues australiens. Tandis que Harry fait connaissance avec une autre culture, les meurtres se multiplient. Les soupçons portent bientôt sur le monde interlope de Sydney, sa vie nocturne, mais amène aussi Harry à se pencher sur les légendes aborigènes et l'histoire de l'Australie. Et par la même occasion de faire le point, sur ses obsessions, ses erreurs professionnelles, ses mauvais penchants, et son rapport aux femmes.
Encore un auteur scandinave, me direz-vous ! Dans la palette des auteurs de polar venus du nord, voici Jo Nesbo, ancienne star du rock et critique musical, dont la plupart de ses premières œuvres se déroulent à l'étranger. Dans ce premier opus, c'est en Australie que l'inspecteur Hole (anti héros à l'image d'un Erlendur Sveinsson) va plonger en des eaux ténébreuses afin d'élucider un meurtre qui le conduira vers un serial killer...
Jo Nesbø, à travers le regard de Harry Hole, nous dresse le portrait d'une nation fondée par nos amis anglais sur la terre des civilisations aborigènes. Il rappelle l'histoire des premiers colons, prisonniers, bagnards, criminels, qui furent le fondement d'une nouvelle société, il explique dans un premier temps le rejet absolu des indigènes, puis ensuite les diverses tentatives d'intégration. Il souligne les différentes problématiques de ce pays à la fois tout neuf et au passé ancestral, la confrontation du puritanisme anglais et de l'esprit de liberté, le fait que l'Australie soit à la fois un pays un peu rustique et Sydney la Mecque de la communauté homosexuelle, où les côtes de l'île le repaire de la génération post Flower Power.
Comme chez beaucoup d'auteurs scandinaves, on ne trouve pas de super héros chez Jo Nesbø, pas de détective au flair infaillible, juste un homme comme les autres avec un métier particulier, policier. Un homme avec ses failles, ses blessures, ses démons qui vont resurgir d'un passé fragile.
Pour autant, Jo Nesbø ne fait pas qu'une simple analyse psychologique de son enquêteur et ne délaisse son intrigue policière qui, même si elle utilise quelques ressorts classiques, nous entraîne tout de même dans une dernière partie haletante.
Aidé par une construction qui s'articule autour d'une vieille légende aborigène, l'auteur nous livre là un remarquable premier roman où l'amour et la mort se livre un combat sans issue.
Finalement, au delà d'un beau voyage en Australie auquel nous convie Nesbo à cette occasion, c'est dans son monde que nous pénétrons réellement. Un monde violent et pas vraiment optimiste. Mais qui reste imaginatif, noir et plein d'espoir. La première caractéristique des livres de Nesbo est qu'ils sont intelligents... La seconde, est qu'ils sont très bien écrits. Depuis, Dennis Lehane, je n'avais pas été aussi enthousiaste pour un auteur de polar et c'est sans retenue que je vais poursuivre la lecture des romans de cet auteur.










