08 octobre 2007
Un bon jour pour mourir
La merveilleuse histoire d'une virée fantastique à travers l'Amérique des années 60 ! Un trio inoubliable prend la route, entre un joint, deux cuites et trois parties fines, pour s'en aller faire sauter un barrage du côté du Grand Canyon du Colorado. Selon Michel Lebrun, si ç'avait été un polar, ç'aurait été le meilleur de l'année. En tout cas, on n'oubliera pas de sitôt les aventures savoureuses et les portraits tendres de ces trois héros que Jim Harrison dépeint dans le style flamboyant qui est sa marque.
L'histoire de ce roman démarre avec un délire d'alcoolique : le pari de faire sauter les barrages qui empêchent les saumons de remonter les rivières. Et le narrateur s'embarque pour une virée à travers les Etats Unis avec Tim, personnage trouble et défiguré. Tim ira chercher Sylvia, une femme qu'il a aimée. Des relations ambiguës se tissent entre ces trois personnages, un parallèle peut être fait avec le magnifique "Jules et Jim". Puis le narrateur tombe éperdument amoureux de Sylvia qui lui est inaccessible vu qu'elle aime toujours Tim qui, lui, prend plaisir à l'humilier.
Finalement, j'en suis arrivé à éprouver une tendresse particulière pour ce triangle amoureux traversant à mille à l'heure un paysage parsemé de sexe, d'alcool, de rock’n’roll et de grands espaces. Harrison nous dresse des portraits tendres de personnalités fortes et différentes.
C'est une sorte de polar poétique dans lequel l'auteur nous livre sans concession sa soif d'évasion, son amour de la nature et son aspiration à l'amour vrai.
En tournant la dernière page, j'en suis arrivé à me demander comment tant de violences, de désespoir, de solitude peuvent être traversés soudain d'une telle onde de compassion et de mélancolie ? Monsieur Harrison nous apporte une magnifique réponse...
Extrait :
"J'avais si peu de ce que je considérais comme du courage. Il m'était facile de supposer que le courage est souvent une question d'énergie et de métabolisme. Je savais qu'il était peu probable que Tim se retire un jour d'une bagarre ou qu'il renonce aux dangers de la conduite de compétition. Et lorsque nous avions eu l'occasion de parler de la guerre, la peur avait été étrangement absente de ses commentaires. Faire sauter un barrage lui semblait aussi évident que faire un bon repas ou aller au cinéma, plus évident même que faire l'amour, un acte qui lui posait apparemment quelques problèmes. Et les Nez Percés, qui s'étaient battus sur le sol même où je me tenais, avaient un proverbe : à l'approche de la guerre, ils disaient : "Courage ! c'est un bon jour pour mourir"..."
29 septembre 2007
Caresser le velour
Le récit initiatique et sentimentalo-saphique d’une jeune écailleuse d’huîtres du sud de l’Angleterre. Plongée dans cette Angleterre qui condamna Oscar Wilde, dans les coulisses des salons mondains et du beau monde saphique, Caresser le velours nous offre, sous un éclairage inédit, une vision insolite et fascinante de cette fin de siècle qui préluda à la Belle Époque.
J'ai découvert l'univers de la littérature gay et lesbienne avec les "Chroniques de San Fansisco" d' A.Maupin. Et avant d'ouvrir ce roman, je n'avais à aucun moment retrouvé l'ambiance qui m'avait tant plu dans le petit monde de Barbary Lane.
Tout au long du roman, nous accompagnons Nancy, une jeune écailleuse d’huîtres de Whitstable qui quitte ses racines familiales pour une jeune artiste dont elle est tombée amoureuse après l’avoir vu pour la première fois sur une scène de music hall travestit en garçon.
Ce périple qui va durer plusieurs années, passera du romantisme au mélodrame glauque et sombre. On la suit dans sa vie simple et pauvre qui se transformera en une vie de débauche et d’enivrement des sens au sein dans le Londres de la fin du 19ème siècle à la fois terrible et fascinant.
Dans ce roman règne avant tout une atmosphère brillante de part les décors et la mise en scène des personnages mais particulièrement dans les descriptions des costumes, des théâtres et des différents lieux dont on savoure les touchés, les couleurs et l'ambiance.
Si vivre son homosexualité aujourd'hui n'est pas une partie de plaisir, dans l'Angleterre de l’époque complètement engoncée dans sa droiture et ses bonnes manières, c'était vraiment un chemin de croix.
Ce roman au delà d'être un classique dans le milieu lesbien pour ses qualités littéraires, est aussi une très bonne illustration de la vie sous l'époque victorienne. Sarah Waters a fait un véritable travail de recherche historique pour nous permettre de plonger dans ce monde où se croise la richesse opulente à l'extrême pauvreté. Elle nous permet aussi de découvrir cette Angleterre victorienne sous un autre regard, comme si on se rapprochait du trou de la serrure pour observer les petits secrets inavouables de ce monde sensé être "respectable".
Ce roman est un peu une quête de l'amour absolu et surtout assumé contre vent et marée.
13 juillet 2007
Coronado
Que ce soient deux anciens du Vietnam qui retournent dans leur ville natale, des adolescents qui mettent à sac la maison d'un camarade, un homme innocent traqué par des agents gouvernementaux paranoïaques, un père qui vient chercher son fils à sa sortie de prison, ou une jeune femme prise entre les feux d'une guerre des gangs, les personnages de Dennis Lehane nous sont familiers au départ et, très vite, leurs dérapages nous les rendent tour à tour effrayants et déchirants.
Rigueur de l'intrigue, tension psychologique et réflexion sur la nature humaine sont la marque de fabrique de l'auteur de mystic river. Les passionnés de ses romans ne seront pas déçus par ce recueil où chaque texte est profondément habité par la voix de Lehane. Ils découvriront aussi avec intérêt sa première tentative d'écriture théâtrale, une pièce intitulée Coronado, qui reprend la trame de la nouvelle Avant Gwen et la développe de façon originale. Cette pièce a été représentée off-Broadway en 2005.
Enfin ! je commençais à désespérer ...Monsieur LEHANNE fait son come back !.
Son nouveau livre, un recueil de nouvelles, réunit toutes ses obsessions que j'avais laissées avec "prières pour la pluie" : la noirceur la plus profonde, l'humour diabolique, la misère dans toute sa splendeur et, surtout, la violence. Celle qui habite ses romans et qui surgit inopinément et oblige à tuer un homme, une femme, un chien. Celle qui gronde en permanence chez certains humains et dans laquelle ils se complaisent avec délectation.
J'ai trouvé Dennis Lehane aussi bon nouvelliste qu'il est excellent romancier. La construction est implacable, l'écriture est tendue à l'extrême prête à rompre à chaque instant, les dialogues sont enlevés et l'univers totalement déliquescent
Il parvient à donner de l'épaisseur à ses personnages tourmentés, de la densité à ses histoires en une poignée de mots. Et même lorsqu'il s'essaie au théâtre avec la pièce intitulée "Coronado" qui reprend la trame de la nouvelle "Avant Gwen",je réalise qu'il n'a pas fini d'expérimenter de nouvelles formes d'écriture pour notre plus grand plaisir.
25 juin 2007
L'ombre du vent
Quatrième de couverture
Dans la Barcelone de l'après-guerre civile, " ville des prodiges " marquée par la défaite, la vie difficile, les haines qui rôdent toujours. Par un matin brumeux de 1945, un homme emmène son petit garçon - Daniel Sempere, le narrateur - dans un lieu mystérieux du quartier gothique : le Cimetière des Livres Oubliés. L'enfant, qui rêve toujours de sa mère morte, est ainsi convié par son père, modeste boutiquier de livres d'occasion, à un étrange rituel qui se transmet de génération en génération : il doit y " adopter " un volume parmi des centaines de milliers. Là, il rencontre le livre qui va changer le cours de sa vie, le marquer à jamais et l'entraîner dans un labyrinthe d'aventures et de secrets " enterrés dans l'âme de la ville " : L'Ombre du vent. Avec ce tableau historique, roman d'apprentissage évoquant les émois de l'adolescence, récit fantastique dans la pure tradition du Fantôme de l'Opéra ou du Maître et Marguerite, énigme où les mystères s'emboîtent comme des poupées russes, Carlos Ruiz Zafon mêle inextricablement la littérature et la vie.
C'est vraiment par hasard que j'ai découvert ce bouquin, je cherchais un cadeau à offrir à la mère de ma coloc et je suis tombé sur ce roman. J'entamais la lecture de son quatrième de couverture....10 secondes après j'emportai le livre en oubliant le cadeau, il y a des priorités dans la vie n'est ce pas ?
L'histoire débute dans la Barcelone post-guerre civile. Cette époque ne m'est pas indifférente puisque ma mère et mes grands parents ont fuit cette ville et l'arrivée des franquistes. Ce fut une période très dure, sans concession gravée dans la mémoire de ma famille. C'est donc avec pas mal d'émotion que je me suis plongé dans cette brume d'un matin de 1945 en compagnie de Daniel et de son père, me guidant vers cet endroit mystérieux et secret : "Le cimetière des livres oubliés".
C'est un lieu magique, un labyrinthe regorgeant de livres poussiéreux qui ne demandent qu'à sortir de leur oubli. Sur place, Daniel comme son père avant lui, a le droit de s'approprier un de ces livres afin de le sortir de l'anonymat. Daniel ne sait pas ce qui l'attend.
Commence alors un long cheminement qui va durer plus de 10 ans. En choisissant "L'ombre du vent" de Julian Carax, il s'embarque dans une quête dangereuse et passionnante dans le Barcelone de l'après-guerre à la recherche de cet écrivain qui l'a ému et dont le passé semble si mystérieux. Parcours initiatique, intrigue brumeuse et mystérieuse. On se familiarise assez vite avec tous ces protagonistes, au fil des rebondissements. Certains sont très attachants, d'autres complètement détestables, et enfin ceux qu'il est plus difficile de cerner.
Sous sa plume, le romancier fait revivre la ville de Barcelone avec poésie et magie, malgré la dureté de l'époque et l'emprise fasciste sur la population.
J'ai particulièrement adoré l'idée du Cimetière des Livres Oubliés, cet endroit magique, chargé de l'âme d'autant d'auteurs, que chaque ouvrage dégagerait. Un lieu ou seraient rassemblés un exemplaire de chaque livre, une arche de Noé littéraire. Ce genre de lieu ou j'adorerais me perdre, caresser des livres, divaguer d'un ouvrage à l'autre, pouvoir y passer des journées, des nuits, des semaines, seul, sans autre nourriture que celle de l'esprit.
C'est un véritable hommage aux livres, mais aussi à la passion et l'obsession que ceux-ci exercent sur certains. Un hommage également à tous ces livres qui disparaissent un jour, sans personne pour les lire et qui sait, atterrissent peut-être au cimetière des livres oubliés.
Autant ombre et vent évoquent pour moi des choses insaisissables et qu'on oublie facilement, autant ce livre restera ancré pour un long moment dans ma mémoire.
03 mai 2007
Le destin miraculeux d'Edgar Mint
Révélé il y a quelques années par un recueil de onze nouvelles regroupées sous le titre Lâchons les chiens (10/18 n° 3227) mettant en scène des bouts de vie dans les coins reculés de l’Utah et de l’Arizona, Brady Udall, jeune écrivain américain par ailleurs professeur de littérature dans une université du Middle West, nous revient avec un roman au titre séduisant et prometteur : Le destin miraculeux d’Edgar Mint.
Un destin particulièrement chaotique pour ce jeune Apache, rejeton d’une mère qui a sombré dans l’alcoolisme et la déchéance et d’un père blanc désireux de devenir un véritable cow-boy et qui s’enfuit à l’annonce de la grossesse de sa compagne. Un destin qui faillit s’arrêter le jour où le facteur lui roula sur la tête et le laissa pour mort. Mais c’était sans compter sur le talent d’un jeune médecin, Barry, aux méthodes étranges et néanmoins efficaces qui parvient à le faire sortir du coma et lui redonner la plupart de ses facultés et possibilités, hormis celle d’écrire manuellement. Edgar va d’abord passer ses premières années à Sainte Divine, hôpital qui tient de la cour des miracles. Il s’y lie pourtant d’amitié avec Art, un vieil homme gueulard et solitaire suite à la disparition de sa femme et ses deux enfants. La remise sur pied du petit Edgar l’amène à quitter son cocon hospitalier et rejoindre Willie Sherman une sorte de collège où se mêlent orphelins et déshérités de toutes sortes. Il y fait le dur apprentissage de la vie, en proie aux coups et railleries de ses camarades. Acceptant d’être baptisé et de se convertir à la religion mormone, Edgar part pour Richland au sein d’une famille d’adoption anéantie par la mort d’un jeune enfant qu’il quittera quelques années plus tard pour affronter de manière inattendue son destin.
"J'ai l'impression que ce monde est trop dangereux pour toi" voilà une phrase dite à Edgar qui me semble résumer tout le livre. Edgar est un personnage, émouvant et terriblement attachant, qu'on peut comparer à Oliver Twist de Mister Dickens, dont les aventures m'ont tenu en haleine pendant plus de 500 pages.
La vie d'Edgar est un miracle, oui, je pense que c'est le mot juste, à tel point que celui-ci se croit investi d'une mission qu'il va mettre des années à accomplir. Bien que sa vie n'est pas un long fleuve tranquille, il persévère. Il a tout le long de son périple pour confidente une vieille machine à écrire, ainsi que la malle remplie de feuilles qu'il a déjà tapées.
Brady Udall est doté d'un talent incroyable pour la mise en scène de son histoire avec notamment une multiplication de détails et d’analyses des sentiments et des évolutions d’Edgar.
Avec cette fresque à la fois tragique, absurde, hilarante, et émouvante, il pose un regard fraternel sur des personnages cabossés par la vie, grands exclus du fameux "rêve américain".
On se laisse transporter par ce roman profond et incomparable jusqu’à une apothéose finale inattendue et plus qu’émouvante.
S'il ne fallait avoir lu qu'un seul roman américain, c'est bien celui-là, et je pense que karine ne dira pas le contraire !
28 avril 2007
Un été indien
Je viens juste de terminer ce petit livre rempli d'émotion contenue et il m'a charmé de la première à la dernière page.
C'est l'histoire d'un enfant, de son grand-père et d'un secret. Quand le jeune garçon apprend que ses parents et lui doivent quitter la maison qu'ils partageaient depuis sa naissance avec le grand-père, il reçoit un beau cadeau du vieil homme, un secret qui guidera le reste de sa vie. Sans jamais revoir son grand-père, le garçon reçoit un jour un colis par la poste...
Truman Capote réussit dans ce récit d'à peine 50 pages à parler de la mort, des conflits d'intérêt et de génération. Cette histoire familiale est l'occasion de montrer l'attachement de l'enfant à ces "petits rien" qui ont fait son enfance : un paysage, une conversation, des jeux, une odeur, des visages, une promesse !
Il se dégage énormément de nostalgie et de douceur de cette nouvelle malgré la gravité du sujet abordé. Truman Capote regarde avec subtilité le monde des adultes avec des yeux d'enfants.
Ces rapports privilégiées entre les grands parents et leur petit fils m'ont fait remonter le temps et des souvenirs chargés d'émotion m'ont envahis. Tout le monde n'a pas eu la chance d'avoir des grands parents affectueux et complices, j'ai eu cette chance.
10 avril 2007
Sous l'aile du bizarre
Quatrième de couverture
Sur une île désolée de la côte écossaise, Euphemie, dite Effie, fait à sa mère Nora le récit de sa vie d'étudiante à l'université de Dundee, tout en la pressant de questions sur ses véritables origines. A une chronique familiale insolite et mouvementée, dont les zones d'ombre se font de plus en plus inquiétantes, répond la réjouissante peinture d'une université des années 70, avec ses professeurs pompeusement monomanes et ses étudiants ignares et abouliques.
Mais dans le récit d'Effie comme dans celui de Nora, le mystère est toujours présent et les questions se bousculent. Quelle est la femme mystérieuse qui suit pas à pas Effie dans la nuit hivernale de Dundee ? Pourquoi un détective privé nommé Chick apparaît-il toujours à point nommé ? Qu'est devenu le chien jaune aussi vite disparu qu'apparu ?.
Dans ce roman, les récits s'entremêlent mais on arrive à s'y retrouver, les histoires les plus invraisemblables se succèdent. Les différents protagonistes ont plutôt des attitudes surprenantes : ils font des choses bizarres, sans logique aucune, ce qui conduit à des situations loufoques, voire délirantes.
Kate Atkinson met en place une satire que l'on pourra souvent juger féroce mais dont la verve joyeuse ne se dément jamais et dont bien des traits sonnent terriblement vrai.
Un très bon moment de lecture avec des crises de rire à intervalles réguliers !
25 mars 2007
Les désarrois de Ned Allen
Quatrième de couverture
Éblouissant portrait d'un homme ordinaire pris dans un engrenage infernal, angoissante plongée dans un univers new-yorkais sans pitié pour les faibles, un roman qui allie humour et suspense.
Jeune golden boy au talent exceptionnel, Ned Allen peut se targuer d'avoir réussi puisqu'il est responsable de la vente d'espaces publicitaires pour CompuWorld, un des magazines d'informatique les plus performants du marché. Avec Lizzie, sa femme, il profite de la vie trépidante de Manhattan, dépense sans compter et voit la vie en rose.
Jusqu'au jour où CompuWorld est brusquement racheté par un concurrent et Ned licencié. Un coup de gueule... un coup de poing malheureux, et voilà sa réputation en miettes. Toutes les portes se ferment devant lui, le chômage dure, désespérant. Quand Lizzie le quitte, il croit toucher le fond.
Au terme d'une inexorable descente aux enfers, Ned est prêt à tout accepter... même la proposition d'un homme d'affaires louche.
Erreur.
Lorsqu'il prend la mesure du guêpier dans lequel il s'est fourré, il est coincé. Mouillé malgré lui dans un meurtre, il lui faudra plus que du bagout pour sauver sa peau.
Ce roman aurait pu avoir comme titre "splendeur et décadence du capitalisme !"
En effet, Douglas Kennedy nous présente, dans la lignée de "l'homme qui voulait vivre sa vie" la lente descente aux enfers d'un homme qui pourrait avoir tout pour lui et qui se retrouve entraîné dans une chute vertigineuse contre laquelle il ne peut rien, malgré toute sa bonne volonté et ses bonnes intentions. On finit aussi par s’attacher à ce personnage totalement humain, qui essaie toujours de bien faire, mais qui a ses faiblesses, qui se laisse aller et en paie alors très durement les frais.
Voici un petit extrait de cette chute vertigineuse de cet homme à qui tout réussissait :
"Je suis demeuré sur ma chaise, effondré. Je me trouvais dans une galerie des glaces à donner le vertige, dans un labyrinthe sans issue. Et c'est seulement à ce moment que j'ai commencé à entrevoir, par petits flashes effrayants, l'enchaînement de conséquences à la fois professionnelles, financières et personnelles que ces quelques minutes allaient avoir. Le monde s'est mis à vaciller autour de moi. J'étais tellement hébété que j'ai à peine remarqué le retour de Bill Freundlich. Il a repris sa chaise et sa monstrueuse litanie, dont je ne percevais que des bribes incompréhensibles: 'Vous recevrez le solde final par courrier... ', 'Les gens de Gerard Flynn Associates vous attendent à partir de... ', 'La soudaineté de tout cela ne doit pas vous empêcher de... '."
Douglas Kennedy décrit avec minutie la destruction des individus par un système sans pitié où la moindre décision, même si on la voit comme la moins mauvaise, peut se révéler lourde de conséquence. On sent que l'auteur maîtrise parfaitement les milieux socioprofessionnels qu'il traite.
L'histoire est menée tambour battant, il y a de l'ingéniosité dans son déroulement. Tout est raconté à travers la voix du héros, qui revient toujours en arrière de quelques jours, pour expliquer ce qui vient de s’écouler, ce qui donne un rythme très soutenu au récit.
C'est un bon roman, noir et grave, qui ma tenu en haleine de bout en bout. N'est ce pas l'essentiel ?
11 mars 2007
L'homme qui voulait vivre sa vie
Quatrième de couverture
De New York aux splendides paysages du Montana, une histoire d'amour et d'émotion, et un héros extraordinairement attachant, prêt à payer le prix pour vivre sa vie.
Ben Bradford a réussi. La trentaine, avocat compétert, un beau poste dans l'un des plus grands cabinets de Wall Street, un salaire à l'avenant, une femme et deux fils tout droit sortis d'un catalogue Gap. Sauf que cette vie, Ben la déteste. Il a toujours rêvé d'être photographe.
Quand il soupçonne que la froideur de son épouse est moins liée à la dépression postnatale qu'à une aventure extraconjugale, ses doutes reviennent en force, et avec eux la douloureuse impression de s'être fourvoyé. Ses soupçons confirmés, un coup de folie meurtrier fait basculer son existence, l'amenant à endosser une nouvelle identité.
Douglas Kennedy fait dans la première partie du roman une description très réaliste du malaise d’un homme qui a oublié ses rêves, ses envies et qui s’est perdu sur la route de sa propre vie. Pourtant, Ben Bradford semble avoir tout réussi, tout obtenu: brillant avocat à Wall Street, marié, des enfants adorables...
L'auteur s'attaque à cette société qui prêche la réussite matérielle avant tout et il porte un regard lucide sur les dessous d’une vie bien rangée et bien propre en apparence. Cette partie du livre m’a rappelé le film American Beauty avec Kevin Spacey.
Puis tout bascule et Ben Bradford devient quelqu’un d’autre, il renaît à la vie. Douglas Kennedy imagine ce que ferait un homme qui – comme beaucoup de monde – s’est dit « si c’était à refaire et en sachant ce que je sais maintenant, je prendrais des décisions différentes et ma vie ne serait pas ce qu’elle est ».
On s’identifie facilement au personnage principal, qui est certes, l'archétype du anti-héros. Tout ai long du roman, notre héros, doit apprendre à savourer chaque instant comme s'il était le dernier. Entre son job à Wall Street, sa vie de bohème et celle de fugitif, il va avoir l’occasion de vivre toutes ses vies mais toujours en regrettant ce qu’il a laissé derrière lui.
Grâce à un suspens bien mené, et malgré quelques rebondissements un peu abracadabrant, Douglas Kennedy parvient à amener son personnage à avancer entre ses envies et le choc de la vie réelle. On se rend compte à quel point il est prisonnier et incapable de faire les choix importants.... et en fin de compte la vie choisit pour lui.
Pour résumer, c'est un bon roman, pas un chef d'oeuvre, mais le suspens, le talent de l'auteur et l'attachement au personnage m'ont fait passer un bon moment de lecture.
Je vous invite à lire les excellents commentaires de livrovore et de lhisbei sur ce roman.
01 mars 2007
Jeux de société
Quatrième de couverture
Qu'y-a-t-il de commun entre Vie Wilcox, directeur général de Pringle and Sons, une entreprise de métallurgie anglaise en pleine restructuration, et Robyn Penrose, une jeune universitaire spécialiste des jeux de déconstruction littéraire et plus particulièrement de l'étude sémiologique des "romans industriels" victoriens ? Pas grand-chose en apparence. Mais tout est remis en jeu lorsque Robyn Penrose doit suivre un stage chez Pringle and Sons et devenir "l'ombre" de son directeur dans le cadre de "l'Année de l'Industrie". Cette confrontation brutale - et cocasse - est un peu celle de la thèse et de l'antithèse, au cœur de Rummidge, cette variante fictive de Birmingham.
Mon avis :
Sur les recommandations de Jean-loup, que je remercie, je me suis lancé dans la lecture de ce roman satirique, qui s'interroge sur les valeurs de notre société obsédée par le culte des différences de classe, de culture, de style, de langage ou d'esprit.
L'histoire se situe dans le contexte politique et social difficile du gouvernement de la "Dame de fer", dont les mesures touchent de plein fouet les universités et les industries britanniques.
David Lodge, dès la première page du roman, sonde l'intimité des protagonistes. Ainsi, Vic Wilcox, en chef d'entreprise moderne, se réveille tôt dans le lit conjugal où son épouse est encore endormie à côté de "Bien vivre sa ménopause". La scène, ainsi racontée, amuse le lecteur mais est surtout lourde de sens. Elle indique le désarroi d'un homme qui possède tous les signes extérieurs de la réussite sociale et matérielle mais dont l'usure des relations conjugales, le poids du quotidien soulignent d'emblée les limites d'un mode de vie.
Soudain, tel un ouragan, une jeune universitaire, "sémiologue spécialiste de la déconstruction", surgit dans la vie de ce chef d'entreprise englué dans ses principes capitalistes et quelque peu masochistes. Cette intrusion finit par dissoudre les dernières certitudes de l'homme d'affaires médusé. En effet, beaucoup de choses sont remises en question jusqu'aux valeurs les plus communément admises.
On assiste, en spectateur intrigué et amusé, à cette confrontation de ces deux extrémistes dans leurs idées et leurs idéaux, à cette opposition entre Humanisme et capitalisme. Lequel des deux va l'emporter ? Est-ce là le seul point commun des deux personnages ?
J'ai dévoré ce roman, qui dans le plus pur style anglais, mélange l'humour et l'ironie dans ce décor urbain gris et pollué...merci Monsieur LODGE.
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