02 janvier 2009
Auprès de moi toujours
Jadis, Kath, Ruth et Tommy ont été élèves à Hailsham ; une école idyllique, nichée dans la campagne anglaise, où les enfants étaient protégés du monde extérieur et élevés dans l'idée qu'ils étaient des êtres à part, que leur bien-être personnel était essentiel, non seulement pour eux-mêmes, mais pour la société dans laquelle ils entreraient un jour. Mais pour quelle raison les avait-on réunis là ? Bien des années plus tard, Kath s'autorise enfin à céder aux appels de la mémoire et tente de trouver un sens à leur passé commun. Une histoire d'une extraordinaire puissance, au fil de laquelle Kath, Ruth et Tommy prennent peu à peu conscience que leur enfance apparemment heureuse n'a cessé de les hanter, au point de frelater leurs vies d'adultes.
La lecture de cette fiction est une totale immersion dans une société alternative d'apparence harmonieuse, voire idyllique. On pourrait donc s'attendre à découvrir un roman du type anticipation, avec son lot d'insurgés. Or, ici il n'est absolument pas question ni de rébellion ni d'opposition de la part des protagonistes. Ici, la vie suit un cours paisible, on pourrait même dire normalement.
L'atmosphère n'en est que plus inquiétante....En effet, on suit la vie et le récit de l'enfance de l'héroïne, qui va nous faire partager ses relations avec certains de ses camarades de pension. Dans un style sobre et plutôt neutre, Kath se présente très cliniquement et expose son projet de témoigner de sa singulière expérience des différentes institutions qui ont jalonné son enfance puis son adolescence et qui l'ont formée à devenir une "accompagnante". Les premiers temps, on s'attend à un récit de souvenirs d'enfants de pensionnats de la bonne société anglaise. Mais assez vite, on est troublé par l'absence de la famille, de tout lien avec l'extérieur. Et peu à peu le mystère se dévoile.....
L'un des thèmes majeurs de ce roman : le souvenir, l'enfance, la nostalgie, et l'influence qu'aura cette période sur la construction de l'adulte, laisse aussi la place à une réflexion sur une éventuelle évolution de l'humanité en proie à ses propres progrès scientifiques
On pourrait regretter l'existence de quelques longueurs de certains passages. Toutefois, c'est un roman original dans son écriture, qui allie émotion et réflexion éthique.
12 octobre 2008
Outside Valentine
Quatrième de couverture
Hiver 1957-1958, au Nebraska. Caril Ann, une adolescente se laisse emporter par le tourbillon de violence où l'entraîne son petit ami, jusqu'à participer à l'une des plus célèbres tueries de l'histoire américaine. Il sera exécuté. Elle, emprisonnée. Mais l'histoire ne s'arrête pas là. Cinq ans plus tard, on retrouve une autre jeune fille, Bouchon, qui guette avec passion son jeune voisin dont les parents ont été abattus lors du massacre. Trois décennies plus loin, c'est un antiquaire qui se réveille obsédé par le rêve d'une tache de sang qui s'élargit lentement sur son col de chemise. Trois histoires, trois époques. Un seul fil à nouer. Et la même question en boucle : à quoi tient une existence ?
Ce roman nous plonge dans un fait divers sanglant et atroce. Toutefois, l'auteur fait preuve d'assez de recul dans sa description des évènements pour ne pas alourdir le tableau. Ainsi, dans le récit sont absents toute colère, vengeance ou jugement. Liza Ward raconte avec détachement les destins de toutes ces personnes que la tragédie touchera de près ou de loin.
Elle a pris le parti de raconter cette histoire de l'intérieur en évitant un style journalistique froid ou une sorte de confession telle qu'on peut en trouver dans un journal intime. L'objectif de Liza Ward est de nous faire d'appréhender le drame, de nous l'expliquer sans pour autant le justifier et l'excuser.
Pour cela, elle donne tour à tour la parole à Charlie et Caril Ann, se plaçant dans la peau de ces adolescents paumés. Puis quelques années plus tard à Susan, qui fantasme sur un adolescent de son âge dont les parents ont été assassinés par les deux amoureux tueurs. Et enfin à Lowell, le jeune garçon en question, trente ans plus tard, las d'une vie morose et d'un passé qui n'arrête pas de le poursuivre.
Nous passons de 1991 à 1957 puis 1962 et ainsi de suite, mélangeant les ambiances et nous plongeant successivement dans les pensées des uns et des autres.
Ce procédé qui, je le reconnais est assez bien maîtrisé, m'a toutefois un peu gêné dans ma lecture. Pour une raison assez simple, le fait de conserver une certaine part de mystère à la fin du chapitre et de plonger dans une autre histoire a mis à mal ma patience de lecteur même si au bout tous les éléments finissent par s'emboîter afin de reconstituer le puzzle final.
Hormis ce choix, j'ai apprécié ce roman, grâce à la qualité d'écriture de Lisa Ward et à la sensibilité avec laquelle elle nous dépeint les espérances volées, les doutes, les rêves brisées et les attentes de ces personnages qui finalement se révèlent particulièrement attachants.
03 septembre 2008
Mon chien Stupide
Quatrième de couverture
« Si vous avez des idées noires, plongez-vous dans Mon chien Stupide. Vous en sortirez revigoré. Le nouvel avatar de Fante, alias Bandini, est un quinquagénaire, vivant sur le bord du Pacifique avec sa femme et ses quatre enfants qui le font tourner en bourrique. Il recueille un énorme quadrupède, Stupide, un chien étrange qui complète la maisonnée. C'est à la fois drôle, ironique, tragique, bouleversant et merveilleusement écrit. A lire de toute urgence. »
La fin des vacances devrait avoir un petit goût amer, jusque là rien d'anormal et si je vous disais que la rentrée est un pure bonheur, je vous mentirai sûrement. Et pourtant, ce retour n'est pas si dure que ça, d'une part parce que je retrouve ma petite soeur, d'autre part grâce à la lecture de ce livre (je l'ai piqué à ma coloc et j'en profite pour remercier Jean Loup pour cette découverte) qui ressemble à un petit bonbon acidulé se dégustant bien vite, mais laissant un goût piquant persistant.
Une atmosphère plutôt loufoque plane sur ce roman, elle se manifeste par l'arrivée de ce chien dans la vie de Henry au moment où sa tribu se décompose...
Car si l'on peut estimer que ce chien homosexuel à l'anatomie proche de celle d'un ours est stupide, que penser de son maître, englué dans ses contradictions ? C'est à la fois un écrivain qui peine à retrouver l'inspiration, un mari qui souhaiterait mettre un océan entre lui et sa femme une bonne fois pour toutes, et un père qui espère avec hargne le départ de ses enfants du toit familial mais s'effondre en larmes peu après ce départ...c'est grâce à un style parlé et hyper imagé, que John Fante nous offre la possibilité de nous représenter précisément les scènes cocasses et atypiques.
Dans ce roman, on est souvent partagé entre un rire amer et une désolation navrée devant les mésaventures de cette famille et de cet homme en perte de repères. Finalement Fante frappe assez juste, il vise l'humain là où ça fait mal, avec recul, humour et humanité.
04 août 2008
Le garçon et la mer
Ward est passionné par la mer; son père veut lui apprendre le surf. L'emprise de son père est une épreuve; Ward cherche à s'en défaire en se réfugiant dans le ventre de la mer. Un roman d'apprentissage évoquant les relations parent-adolescentparent-adolescent.
Kirsty Gunn plonge le lecteur dans une atmosphère particulière. Dans l'univers qu'elle décrit, finalement, il ne semble pas se passer grand-chose. L'essentiel est dans la perception du monde, dans le ressenti, dans une série d'émotions, de silences intériorisés, dans des sensations.
Le Garçon et la mer est empreint de légèreté, de sensibilité et laisse transparaître une grande sérénité. Beaucoup de choses sont suggérées. Sous la plume de l'auteur, l'innocence de cet adolescent disparaît. Ward, 15 ans, est un ado silencieux, timide, réservé. Il passe ses vacances au bord de la mer, dans un cadre en apparence idyllique. En apparence seulement........ La mer est omniprésente dans sa vie jusqu'à ce moment où elle va l'inviter à une confrontation extrême. Le garçon n'est là que pour ce moment, une vague à saisir, un cap à franchir, un dernier pas à faire pour quitter l'adolescence, entrer dans l'autre monde.
En effet, passées les premières pages de ce roman, on sent que quelque chose va arriver. On le devine, sans être jamais certain. l'orage couve près à éclater et à bouleverser tous les fondements de la vie de cet adolescent. On tourne longtemps autour pour saisir finalement l'essentiel.....jusqu'à la délivrance.
20 juillet 2008
La traversée de l'été
Grady McNeil a dix-sept ans et l'âme passionnée. Alors que ses riches parents vont passer l'été en Europe, elle se retrouve seule dans un New York vibrant sous la canicule. Délaissant le luxe de la Cinquième Avenue, elle tombe amoureuse de Clyde, gardien de parking à BroadwayBroadway. Ils s'aiment, mais de façon différente. La fierté provocante de Grady et la nonchalance de Clyde vont peu à peu les entraîner vers de dangereux précipices. Cette saison sera toute leur vie.
C'est seulement à 19 ans que Truman Capote s'est lancé dans l’écriture de son premier roman. Ce roman a un côté novateur pour l’époque, il apparaît empreint de nostalgie, de tendresse mais aussi de tourments et de rage de vivre.
Cette histoire se situe dans New York, lors d'un été caniculaire, où Grady, fille de bonne famille mais empreinte d'une attitude rebelle, s'est isolée au coeur de la ville pour vivre pleinement une passion hors normes avec un gardien de parking.
Les interrogations que soulèvent cette relation sont nombreuses, en effet, comment évoluer dans un milieu social auquel vous ne trouvez pas votre place ? Comment faire pour aimer librement un homme aux antipodes de ce que l’on attend pour vous et le faire accepter de ses proches ?
Toutes ces questions sont au centre des préoccupations de Grady, qui vit sa vie d’adolescente sans se soucier des conséquences. Peut être pour finalement se perdre elle-même dans ce tourbillon de l’amour interdit.
L'histoire peut apparaître très dense, avec d'assez larges parts d'ombre. En fermant le livre, j'ai eu l'impression d'avoir effectué la lecture en apnée, tout en restant un peu sur ma faim. Peut être que l'auteur souhaitait le reprendre plus tard mais ce plus tard n'a jamais eu lieu.
Ce premier roman de Capote, finement écrit, évoque des thèmes universels tels que l’amour, l’amitié, le désespoir et les liens familiaux ne peut que laisser apprécier ce qui va être une longue série de succès mondialement reconnus.
09 mai 2008
La voleuse de livres
Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter. Une histoire étrange et émouvante où il est question : d'une fillette ; des mots ; d'un accordéoniste ; d'Allemands fanatiques ; d'un boxeur juif ; de vols.
La couverture de ce roman a aussitôt accroché mon regard, son titre a attiré mon attention et finalement son sous-titre : « quand la mort vous raconte une histoire, vous avez intérêt à l'écouter" m'a vraiment intrigué. il n'en fallait pas plus pour me donner envie de me plonger dans l'histoire de cette petite voleuse de livres.
La voleuse de livres ! Ce titre peut paraître particulier au vu du contexte dans lequel ce livre se situe. Mais finalement, tout l'intérêt de ce livre est de nous faire comprendre que notre histoire se construit avec des mots, un livre est bien composé de mots et finalement les mots sont capables du meilleur comme du pire.
L'auteur nous plonge donc en pleine deuxième guerre mondiale du côté de l'oppresseur puisque qu'on se retrouve au sein d'une famille allemande....mais revenons dans un premier temps à la particularité de ce livre et de son narrateur un peu spécial et peu commun. Oui, ce n'est ni plus ni moins la mort elle même, plutôt surnommée en ces temps là, la grande faucheuse pour le travail accompli, qui va être notre guide dans ce récit.
Tout d'abord elle nous explique qu'il a fallu qu'elle travaille sans relâche pendant ce vingtième siècle à cause de la folie des hommes. La mort raconte son labeur quand elle vient prendre dans ses bras, les hommes, les femmes et les enfants qui sont au bout du chemin de la vie. La mort est condamnée indéfiniment à faire ce travail. Mais cette fois, tout est concentré autour de la folie d'un homme, le führer, avec une fureur qui éclabousse toute l'Europe et dont les fondements de cette folie ont été publiés dans un livre "Mein Kampf"
Dans un second temps, la mort nous présente le personnage principal de ce roman, une jeune allemande, Liesel Meminger. Cette jeune fille semble passer à travers les mailles de son filet et arrive par susciter son admiration et son attachement. .
Toute l'histoire se déroule à travers elle et à travers les livres qui passent sur son chemin ou qu'elle va aller voler. Tout au long de cette histoire tragique, ils auront une importance capital.
En arrivant chez les Hubermann, dans la rue Himmel à molching à coté de Munich, tout va se déclencher... Elle va vivre avec des personnes qu'elle va aimer, apprendre à lire, se faire de nouveaux amis, faire des rencontres avec des gens aussi différents les uns que les autres. Des personnes riches quelque soient leurs convictions, des gens qui parfois ne s'aiment pas mais qui dans les pires moments font faire preuve d'une grande solidarité.
Toutefois, le style de narration choisi par l'auteur est très particulier et à mon avis finit par être lassant car la mort commence dans son récit par la fin puis raconte comment ça en est arrivé là. Au départ ça marche parfaitement bien, on a envie de savoir comment ça c'est passé, mais arrivé vers la fin du livre vers la septième partie, ça ne marche plus aussi bien, ça perd de l'intérêt.
Finalement, ce jeune auteur australien arrive à nous emporter dans ce voyage chaotique, poétique, à la limite du fantastique, dans les pas de la mort tout en gardant une grande part de poésie et d'émotion.
20 avril 2008
Blue angel
Cela fait des années que Ted Swenson, qui enseigne l'écriture de fiction dans une petite université de Nouvelle-Angleterre, n'a pas lui-même publié de roman. Cela fait encore plus longtemps qu'aucun de ses étudiants n'a montré une étincelle de talent. Et le monde académique, de plus en plus asphyxié par son climat politiquement correct, n'est plus ce qu'il était. Là-dessus déboule Angela, une étudiante tatouée et percée de toutes parts, avec un rare don d'écrivain. Audacieuse et ambitieuse, Angela paraît être la réponse aux voeux de Swenson. Mais l'expérience montre que le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions...
Blue angel est une référence manifeste au film de Von Stenberg "l'ange bleu". Toutefois, ce roman ne raconte pas l'histoire d’un professeur qui perd son âme pour une chanteuse de cabaret, mais d'un professeur d'écriture sans histoires, enseignant dans une université du middle west américain et baignant dans le puritanisme ambiant.
Ce prof n'a jamais franchi la ligne rouge, il n’a jamais succombé aux charmes juvéniles de ses étudiantes. Et là rentre en scène, Angela Argo, étudiante piercée, tatouée, dont les remarques acerbes et pertinentes sur le travail de ses camarades-étudiants ainsi que ses prometteurs essais de romancières attirent son attention. Swenson est ébahi par le talent de la jeune femme et noue peu à peu une relation ambiguë avec elle.
La peinture du milieu universitaire américain brossée par Francine Prose est particulièrement plaisante, notamment dans la description des personnages, profs, élèves ou collaborateurs éducatifs. Sans être d’une folle originalité, ce roman est particulièrement ironique sur le processus de création littéraire, sur le statut de ce prof qui n’est pas fichu de finir son propre manuscrit, tombant d'admiration devant celui d’une de ses élèves et suscitant la jalousie ou l'amertume de ses autres étudiants, tous persuadés de détenir un quelconque talent d'écrivain. La description des cours où les étudiants lisent leurs propres créations totalement déjantées est plutôt réussie.
Blue Angel arrive assez bien à associer avec brio le comique et l'inquiétant. Finalement, on se rend compte que le meilleur des petits mondes universitaires révèle certains des aspects les plus sombres et dangereux des valeurs culturelles et morales contemporaines.
06 avril 2008
Au dessous du volcan
Quatrième de couverture
Aussi quand tu partis, Yvonne, j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d'une banquette de troisième classe, l'enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m'en allant dans ma chambre en l'hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d'égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l'éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? Horreur à la mesure de nerfs de géant !
Lorsque j'ai tourné la dernière page de ce roman, je me suis dit que Lowry avait sûrement autant abusé de l'alcool de feu que son héros au moment de l'écrire. A un moment donné de la lecture, j'ai même eu l'impression que son but n’est pas de plaire mais de déplaire au lecteur, de le pousser dans ses retranchements et ses interrogations. Oui, en fait, autant vous le dire tout de suite : quiconque hait la sensation de devoir relire cinq fois le même paragraphe pour commencer à en comprendre le sens trouvera assurément dans ce livre son meilleur ennemi.
Ce roman nous conte le dernier jour de la vie de Geoffrey Firmin. Un consul en poste à Quauhnahuac vivant au Mexique dans un constant délire alcoolisée, du genre qui aurait fait frémir Bukowski tant il mettait d’acharnement à se détruire a forte dose de Mescal, la tequila du pauvre. Plus que sa vie, ce sont les méandres éthyliques de son esprit, la profondeur de ses blessures et le palpable de ses angoisses que l'on découvre chez ce personnage.
Lowry, en fin de compte, nous donne toutes les clés, il répond à toutes les questions, car c'est bien lui le maître du jeu. Il nous faut seulement le suivre... et ce n'est possible que grâce à notre attention soutenue... pas de place à la rêverie où à l'imaginaire, si on ne veut pas rester au bord du chemin. Donc j'ai essayé de m'accrocher, pour suivre le consul. Le chemin s'est présenté de plus en plus chaotique et incertain. Mais en arrivant au bout, on se rend compte que cet auteur, dans ses descriptions des affres de l'homme, de la maladie de l'alcoolisme, de la culpabilité et de l'impuissance humaine face à la destinée, nous a ouvert les portes de son âme.
18 février 2008
Trois dollars
Présentation de l'éditeur
Mais comment Eddie a-t-il pu tomber si bas ? Son cursus universitaire fut exemplaire, sa carrière, son épouse, sa fille et son pimpant pavillon de Melbourne, tout autant. Mais voilà qu'il se retrouve seul, à trente-huit ans, sur un quai de gare avec trois malheureux dollars. Tout a commencé, se souvient-il, le jour où la petite fille blonde dont il était amoureux l'a quitté parce qu'elle était riche... Vibrant au rythme des coups de blues tragi-comiques, des crédits impayés et autres découverts autorisés, l'inévitable " dégringolade sociale postindustrielle " d'Eddie, antihéros rêveur, fan de Joy Division et de golden retrievers, peut logiquement commencer...
Le héros de ce roman, Eddie Harnovey, a eu une enfance banale mais l'élément qui le différencie des autres enfants est qu'il a touché du doigt dès son jeune âge la friabilité de l'existence... Le narrateur raconte sa vie avec un recul et une ironie toujours discrètement présents. Il détaille sa lente, mais inexorable descente vers une catastrophe annoncée. Tout ce qui l'entoure devient friable lentement, mais sûrement : sa maison, sa vie professionnelle, celle de sa femme (et son état psychique)...De plus, son passé rattrape parfois son présent (cette rencontre avec Amanda tous les huit ans et demi sème encore plus la perturbation dans sa vie). C'est tragique, mais on sourit, ému et amusé par ce héros attachant et vrai. Spirituel, vulnérable et perpétuellement étonné, Eddie a le charme des héros de certaines comédies américaines.
Trois dollars" prend aussi le temps de creuser les contours psychologiques de ses personnages, rappelant page après page que le quotidien n'est jamais un long fleuve tranquille, qu'il entaille même les couples les plus soudés... Entre rire et larmes, ce roman est le portrait cruel d’un monde où le cours de la Bourse prend le pas sur celui de la vie humaine.
Elliot Perlman manie l’humour et la tendresse comme deux couteaux au tranchant effilé qui lui servent à démonter avec une férocité jubilatoire l’engrenage du rationalisme économique à la Thatcher. Mais il n’en oublie pas l’amour, l’honnêteté et le rêve qui triomphent pour donner un sens à la vie…
08 décembre 2007
Professeur de désir
Quatrième de couverture
David Kepesh, jeune professeur (très doué) de littérature comparée, est resté un étudiant (tout aussi doué) en érotisme comparé. Sa devise est celle de Byron : «Studieux le jour et la nuit licencieux.» Son étude approfondie du désir passe d'abord par des jeux scabreux avec Bettan et Birgitta, jeunes Suédoises aventureuses, puis le plonge dans l'exotisme et la passion avec Helen, belle, mystérieuse, insaisissable. Il épouse son héroïne mais se retrouve perdu dans le désert de l'amour. La traversée en sera dure, il y perdra jusqu'à la trace du désir. Puis c'est la découverte enfin de l'oasis inespérée. Claire est belle, voluptueuse, mais limpide comme son nom, droite, sans équivoque. Ne s'agit-il pas encore une fois d'un mirage ?
J'ai découvert dans ce roman l'archétype du séducteur à travers ce professeur libertin et libertaire, amateur de chair fraîche, assez cynique pour séduire ses étudiantes en leur laissant croire qu'elles sont des modèles d'intelligence.
Depuis toujours, le désir fascine Kepesh, mais plus dans l'aspect sexuel qu'amoureux. Pendant ses études, il va découvrir l'homosexualité de son extravagant colocataire puis lors de son séjour à Londres, en compagnie de deux jeunes Suédoises, il y étudiera ses fantasmes sexuels plutôt que la littérature.
Plus tard, il se mariera à Helen, mais la passion de Kepesh ne suffira pas pour la garder, Helen le fuira pour son passé et précipitera Kepesh dans un abîme. Après une longue analyse, il se croit guéri et entreprend enfin une relation "saine" avec une femme "normale", Claire.
Ce n'est pas long que le feu des corps de la suédoise Birgitta et de son ex-femme Helen revient le hanter. Il craint de ne pouvoir supporter la sereine Claire, il ne pourra demeurer avec elle. Kepesh pourrait être condamné, tel un Ulysse des temps modernes, à errer d'aventures en aventures. Trouvera-t-il sa promise un jour?
Les frasques sexuelles du jeune Kepesh me sont apparues dans un premier temps plutôt puériles, mais j'ai découvert le sens plus tard, l'intrigue devient mature avec le personnage. En outre, au fil des pages, l'on retrouve de plus en plus d'intéressantes références littéraires, à l'image du héros qui étoffe sa maîtrise de son champ de connaissances.
La conclusion offre quelques pistes de solution, mais Philip ROTH laisse subsiter pas mal de questionnements, chacun selon son expérience et sa sensibilité en la matière pourra se faire une opinion.










