09 mai 2008
La voleuse de livres
Quand la mort vous raconte une histoire, vous avez tout intérêt à l'écouter. Une histoire étrange et émouvante où il est question : d'une fillette ; des mots ; d'un accordéoniste ; d'Allemands fanatiques ; d'un boxeur juif ; de vols.
La couverture de ce roman a aussitôt accroché mon regard, son titre a attiré mon attention et finalement son sous-titre : « quand la mort vous raconte une histoire, vous avez intérêt à l'écouter" m'a vraiment intrigué. il n'en fallait pas plus pour me donner envie de me plonger dans l'histoire de cette petite voleuse de livres.
La voleuse de livres ! Ce titre peut paraître particulier au vu du contexte dans lequel ce livre se situe. Mais finalement, tout l'intérêt de ce livre est de nous faire comprendre que notre histoire se construit avec des mots, un livre est bien composé de mots et finalement les mots sont capables du meilleur comme du pire.
L'auteur nous plonge donc en pleine deuxième guerre mondiale du côté de l'oppresseur puisque qu'on se retrouve au sein d'une famille allemande....mais revenons dans un premier temps à la particularité de ce livre et de son narrateur un peu spécial et peu commun. Oui, ce n'est ni plus ni moins la mort elle même, plutôt surnommée en ces temps là, la grande faucheuse pour le travail accompli, qui va être notre guide dans ce récit.
Tout d'abord elle nous explique qu'il a fallu qu'elle travaille sans relâche pendant ce vingtième siècle à cause de la folie des hommes. La mort raconte son labeur quand elle vient prendre dans ses bras, les hommes, les femmes et les enfants qui sont au bout du chemin de la vie. La mort est condamnée indéfiniment à faire ce travail. Mais cette fois, tout est concentré autour de la folie d'un homme, le führer, avec une fureur qui éclabousse toute l'Europe et dont les fondements de cette folie ont été publiés dans un livre "Mein Kampf"
Dans un second temps, la mort nous présente le personnage principal de ce roman, une jeune allemande, Liesel Meminger. Cette jeune fille semble passer à travers les mailles de son filet et arrive par susciter son admiration et son attachement. .
Toute l'histoire se déroule à travers elle et à travers les livres qui passent sur son chemin ou qu'elle va aller voler. Tout au long de cette histoire tragique, ils auront une importance capital.
En arrivant chez les Hubermann, dans la rue Himmel à molching à coté de Munich, tout va se déclencher... Elle va vivre avec des personnes qu'elle va aimer, apprendre à lire, se faire de nouveaux amis, faire des rencontres avec des gens aussi différents les uns que les autres. Des personnes riches quelque soient leurs convictions, des gens qui parfois ne s'aiment pas mais qui dans les pires moments font faire preuve d'une grande solidarité.
Toutefois, le style de narration choisi par l'auteur est très particulier et à mon avis finit par être lassant car la mort commence dans son récit par la fin puis raconte comment ça en est arrivé là. Au départ ça marche parfaitement bien, on a envie de savoir comment ça c'est passé, mais arrivé vers la fin du livre vers la septième partie, ça ne marche plus aussi bien, ça perd de l'intérêt.
Finalement, ce jeune auteur australien arrive à nous emporter dans ce voyage chaotique, poétique, à la limite du fantastique, dans les pas de la mort tout en gardant une grande part de poésie et d'émotion.
20 avril 2008
Blue angel
Cela fait des années que Ted Swenson, qui enseigne l'écriture de fiction dans une petite université de Nouvelle-Angleterre, n'a pas lui-même publié de roman. Cela fait encore plus longtemps qu'aucun de ses étudiants n'a montré une étincelle de talent. Et le monde académique, de plus en plus asphyxié par son climat politiquement correct, n'est plus ce qu'il était. Là-dessus déboule Angela, une étudiante tatouée et percée de toutes parts, avec un rare don d'écrivain. Audacieuse et ambitieuse, Angela paraît être la réponse aux voeux de Swenson. Mais l'expérience montre que le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions...
Blue angel est une référence manifeste au film de Von Stenberg "l'ange bleu". Toutefois, ce roman ne raconte pas l'histoire d’un professeur qui perd son âme pour une chanteuse de cabaret, mais d'un professeur d'écriture sans histoires, enseignant dans une université du middle west américain et baignant dans le puritanisme ambiant.
Ce prof n'a jamais franchi la ligne rouge, il n’a jamais succombé aux charmes juvéniles de ses étudiantes. Et là rentre en scène, Angela Argo, étudiante piercée, tatouée, dont les remarques acerbes et pertinentes sur le travail de ses camarades-étudiants ainsi que ses prometteurs essais de romancières attirent son attention. Swenson est ébahi par le talent de la jeune femme et noue peu à peu une relation ambiguë avec elle.
La peinture du milieu universitaire américain brossée par Francine Prose est particulièrement plaisante, notamment dans la description des personnages, profs, élèves ou collaborateurs éducatifs. Sans être d’une folle originalité, ce roman est particulièrement ironique sur le processus de création littéraire, sur le statut de ce prof qui n’est pas fichu de finir son propre manuscrit, tombant d'admiration devant celui d’une de ses élèves et suscitant la jalousie ou l'amertume de ses autres étudiants, tous persuadés de détenir un quelconque talent d'écrivain. La description des cours où les étudiants lisent leurs propres créations totalement déjantées est plutôt réussie.
Blue Angel arrive assez bien à associer avec brio le comique et l'inquiétant. Finalement, on se rend compte que le meilleur des petits mondes universitaires révèle certains des aspects les plus sombres et dangereux des valeurs culturelles et morales contemporaines.
06 avril 2008
Au dessous du volcan
Quatrième de couverture
Aussi quand tu partis, Yvonne, j'allai à Oaxaca. Pas de plus triste mot. Te dirai-je, Yvonne, le terrible voyage à travers le désert, dans le chemin de fer à voie étroite, sur le chevalet de torture d'une banquette de troisième classe, l'enfant dont nous avons sauvé la vie, sa mère et moi, en lui frottant le ventre de la tequila de ma bouteille, ou comment, m'en allant dans ma chambre en l'hôtel où nous fûmes heureux, le bruit d'égorgement en bas dans la cuisine me chassa dans l'éblouissement de la rue, et plus tard, cette nuit-là, le vautour accroupi dans la cuvette du lavabo ? Horreur à la mesure de nerfs de géant !
Lorsque j'ai tourné la dernière page de ce roman, je me suis dit que Lowry avait sûrement autant abusé de l'alcool de feu que son héros au moment de l'écrire. A un moment donné de la lecture, j'ai même eu l'impression que son but n’est pas de plaire mais de déplaire au lecteur, de le pousser dans ses retranchements et ses interrogations. Oui, en fait, autant vous le dire tout de suite : quiconque hait la sensation de devoir relire cinq fois le même paragraphe pour commencer à en comprendre le sens trouvera assurément dans ce livre son meilleur ennemi.
Ce roman nous conte le dernier jour de la vie de Geoffrey Firmin. Un consul en poste à Quauhnahuac vivant au Mexique dans un constant délire alcoolisée, du genre qui aurait fait frémir Bukowski tant il mettait d’acharnement à se détruire a forte dose de Mescal, la tequila du pauvre. Plus que sa vie, ce sont les méandres éthyliques de son esprit, la profondeur de ses blessures et le palpable de ses angoisses que l'on découvre chez ce personnage.
Lowry, en fin de compte, nous donne toutes les clés, il répond à toutes les questions, car c'est bien lui le maître du jeu. Il nous faut seulement le suivre... et ce n'est possible que grâce à notre attention soutenue... pas de place à la rêverie où à l'imaginaire, si on ne veut pas rester au bord du chemin. Donc j'ai essayé de m'accrocher, pour suivre le consul. Le chemin s'est présenté de plus en plus chaotique et incertain. Mais en arrivant au bout, on se rend compte que cet auteur, dans ses descriptions des affres de l'homme, de la maladie de l'alcoolisme, de la culpabilité et de l'impuissance humaine face à la destinée, nous a ouvert les portes de son âme.
18 février 2008
Trois dollars
Présentation de l'éditeur
Mais comment Eddie a-t-il pu tomber si bas ? Son cursus universitaire fut exemplaire, sa carrière, son épouse, sa fille et son pimpant pavillon de Melbourne, tout autant. Mais voilà qu'il se retrouve seul, à trente-huit ans, sur un quai de gare avec trois malheureux dollars. Tout a commencé, se souvient-il, le jour où la petite fille blonde dont il était amoureux l'a quitté parce qu'elle était riche... Vibrant au rythme des coups de blues tragi-comiques, des crédits impayés et autres découverts autorisés, l'inévitable " dégringolade sociale postindustrielle " d'Eddie, antihéros rêveur, fan de Joy Division et de golden retrievers, peut logiquement commencer...
Le héros de ce roman, Eddie Harnovey, a eu une enfance banale mais l'élément qui le différencie des autres enfants est qu'il a touché du doigt dès son jeune âge la friabilité de l'existence... Le narrateur raconte sa vie avec un recul et une ironie toujours discrètement présents. Il détaille sa lente, mais inexorable descente vers une catastrophe annoncée. Tout ce qui l'entoure devient friable lentement, mais sûrement : sa maison, sa vie professionnelle, celle de sa femme (et son état psychique)...De plus, son passé rattrape parfois son présent (cette rencontre avec Amanda tous les huit ans et demi sème encore plus la perturbation dans sa vie). C'est tragique, mais on sourit, ému et amusé par ce héros attachant et vrai. Spirituel, vulnérable et perpétuellement étonné, Eddie a le charme des héros de certaines comédies américaines.
Trois dollars" prend aussi le temps de creuser les contours psychologiques de ses personnages, rappelant page après page que le quotidien n'est jamais un long fleuve tranquille, qu'il entaille même les couples les plus soudés... Entre rire et larmes, ce roman est le portrait cruel d’un monde où le cours de la Bourse prend le pas sur celui de la vie humaine.
Elliot Perlman manie l’humour et la tendresse comme deux couteaux au tranchant effilé qui lui servent à démonter avec une férocité jubilatoire l’engrenage du rationalisme économique à la Thatcher. Mais il n’en oublie pas l’amour, l’honnêteté et le rêve qui triomphent pour donner un sens à la vie…
08 décembre 2007
Professeur de désir
Quatrième de couverture
David Kepesh, jeune professeur (très doué) de littérature comparée, est resté un étudiant (tout aussi doué) en érotisme comparé. Sa devise est celle de Byron : «Studieux le jour et la nuit licencieux.» Son étude approfondie du désir passe d'abord par des jeux scabreux avec Bettan et Birgitta, jeunes Suédoises aventureuses, puis le plonge dans l'exotisme et la passion avec Helen, belle, mystérieuse, insaisissable. Il épouse son héroïne mais se retrouve perdu dans le désert de l'amour. La traversée en sera dure, il y perdra jusqu'à la trace du désir. Puis c'est la découverte enfin de l'oasis inespérée. Claire est belle, voluptueuse, mais limpide comme son nom, droite, sans équivoque. Ne s'agit-il pas encore une fois d'un mirage ?
J'ai découvert dans ce roman l'archétype du séducteur à travers ce professeur libertin et libertaire, amateur de chair fraîche, assez cynique pour séduire ses étudiantes en leur laissant croire qu'elles sont des modèles d'intelligence.
Depuis toujours, le désir fascine Kepesh, mais plus dans l'aspect sexuel qu'amoureux. Pendant ses études, il va découvrir l'homosexualité de son extravagant colocataire puis lors de son séjour à Londres, en compagnie de deux jeunes Suédoises, il y étudiera ses fantasmes sexuels plutôt que la littérature.
Plus tard, il se mariera à Helen, mais la passion de Kepesh ne suffira pas pour la garder, Helen le fuira pour son passé et précipitera Kepesh dans un abîme. Après une longue analyse, il se croit guéri et entreprend enfin une relation "saine" avec une femme "normale", Claire.
Ce n'est pas long que le feu des corps de la suédoise Birgitta et de son ex-femme Helen revient le hanter. Il craint de ne pouvoir supporter la sereine Claire, il ne pourra demeurer avec elle. Kepesh pourrait être condamné, tel un Ulysse des temps modernes, à errer d'aventures en aventures. Trouvera-t-il sa promise un jour?
Les frasques sexuelles du jeune Kepesh me sont apparues dans un premier temps plutôt puériles, mais j'ai découvert le sens plus tard, l'intrigue devient mature avec le personnage. En outre, au fil des pages, l'on retrouve de plus en plus d'intéressantes références littéraires, à l'image du héros qui étoffe sa maîtrise de son champ de connaissances.
La conclusion offre quelques pistes de solution, mais Philip ROTH laisse subsiter pas mal de questionnements, chacun selon son expérience et sa sensibilité en la matière pourra se faire une opinion.
03 décembre 2007
Sa majesté des mouches
Durant la Seconde Guerre mondiale, un avion s'écrase sur une île du Pacifique. Il transportait des collégiens britanniques. Pas un seul adulte n'a survécu. Rescapés de ce désastre, les enfants décident de s'organiser et d'abord d'élire un chef. Ce sera Ralph. Mais il a un rival, le chasseur Jack.
Ce livre m'a laisser stupéfait par sa vision de l'île déserte et de la condition Humaine. Qui n'a jamais dit qu'il rêverait de vivre sur une île déserte ? La lecture de ce roman va sûrement changer votre perception des choses.
Perdu sur une île déserte, loin de toute civilisation, un groupe d'enfant âgés de 6 à 13 ans doit faire face à une réalité bien différente de tout ce qu'ils avaient pu connaître jusque là.
Dans un premier temps, satisfait de cette situation, les enfants se mirent à jouer les Robinsons sur fond de vacance scolaire; mais il leurs fallut peu de temps pour voir leur rêve s'effondrer. Mais, très tôt, ils durent s'organiser afin de survivre dans un univers hostile et sauvage. Il va donc se créer sous nos yeux une micro-société qui va transformer la vie au sein de la petite troupe et faire disparaître progressivement ce sentiment d'innocence qu'on garde de l'enfance.
Face à Ralph improvisé chef et décideur suprême, se dresse très vite une opposition. Cette lutte pour le pouvoir va finir par diviser le groupe en deux clans ennemis. Mais jusqu'à quel point ? Ces divergences vont vite virer au cauchemar, et de démocratie, on va vite passer à la tyrannie.
Dans cette oeuvre, le message de l'auteur est clair. En prenant l'humain innocent, et naïf qu'est l'enfant et en mettant entre les mains de celui-ci une nature vierge, pure et dépourvue de tout vices, William Golding entend bien démontrer le penchant naturel de l'homme vers le conflit et son avidité du pouvoir.
Tout compte fait cette oeuvre entend s'intéresser au développement des sociétés humaines, à la constitution des royaumes et aux guerres entre clans qui sont souvent le fait d'un ou de quelques hommes charismatiques. Finalement, ne peut on pas considérer que ce livre constitue un peu une illustration de l'histoire de l'humanité ?
21 novembre 2007
Le dernier homme
Un monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain... Un monde dévasté à la suite d'une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l'ensemble de l'humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d'Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d'étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d'" humains " programmés pour n'être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d'y perdre son âme...
Renouant avec la tradition des Huxley, Orwell ou Rufin dans leurs romans d'anticipation, Margaret Atwood nous présente un univers qui pourrait nous paraître à la fois familier et terrifiant. Un monde dévasté à la suite d'une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l'ensemble de l'humanité. D'ailleurs, c'est presque fait : d'êtres humains, au début du Dernier Homme, il ne reste que Snowman, lequel est confronté à d'étranges créatures génétiquement modifiées et à des animaux hybrides.
Ce roman de Margaret Atwood, c'est finalement l'histoire d'un homme Snowman qui nous retrace sa vie. Jusqu'à la fin, on ignore ce qui a pu amener à ce que Snowman soit seul et comment lui a pu survivre et non les autres. Au début, j'étais dans l'incompréhension et au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture, on va revivre la vie de Snowman par des flash-back et ainsi comprendre sa vie et les évènements liés aux catastrophes.
J'ai perçu ce livre comme une mise en garde. L'auteur semble nous dire : "Faites attention! voilà où peut nous conduire le "progrès" si on ne reste pas vigilant en terme d'éthique." On y voit aussi une condamnation du tourisme sexuel, de la télé-réalité (devenue "internet-réalité"), des manipulations génétiques qui, sous couvert d'amélioration des espèces conduisent à des catastrophes.
Toutefois, cette histoire ne m'a pas totalement captivée, j'aurais voulu être imprégné par une ambiance glauque et terrifiante, mais non, j'ai eu un peu de difficulté à me rendre jusqu'à la fin. La seule chose qui m'a motivé à poursuivre ma lecture, c'est ma curiosité.
Sur ce thème du roman post apocalyptique, je ne peux que vous inciter à lire "Globalia" de Rufin ou "Fléau" de Stephen King.
23 octobre 2007
Le carnet rouge
Quatrième de couverture
Le carnet rouge existe bel et bien. Depuis des années, Paul Auster y consigne des événements bizarres, coïncidences, étrangetés et autres invraisemblances dont il fut un jour victime, confident ou témoin. En anecdotes de quelques pages, parfois seulement de quelques paragraphes, on peut y lire treize nouvelles archibrèves où il se révèle un collectionneur passionné (et un rien inquiet) des bons et mauvais tours que lui a réservés la réalité. Ce florilège, Paul Auster le désigne volontiers comme son " art poétique sans théorie ". Et à la vérité, on y entend avec une netteté parfaite la fameuse " musique du hasard ". Voici donc, à tirage limité, réservé aux connaisseurs, un authentique carnet qui est aussi une fascinante miniature de l'univers austérien.
Je promenais mon regard dans la bibliothèque de ma coloc et là un livre plutôt mince attire mon attention, "le carnet rouge", je lis le nom de l'auteur, Paul Auster (tiens ça fait un bail qu'audrey m'incite à lire cet auteur), une heure plus tard je le remettais à sa place avec ce petit sourire qui se dessine sur le visage d'une personne que la magie des mots a envahie.
Ce recueil est composé de minuscules récits. C'est une compilation d’histoires vraies consignées au fil des années, ce livre est un peu le témoignage de ce que l'écrivain à perçu des actions du hasard et des aléas de l’existence humaine.
Je ne me suis jamais plongé (je reconnais c'est un tort, mais faute avouée est à demi pardonnée, non ?) dans l'univers de Paul Auster. Ce recueil m'incite à partir à la découverte de cet auteur. J'ai ressenti une double sensation à la fin de la lecture, d'abord une frustration, sûrement parce que le plaisir est fugace, trop court puis une envie, celle de repousser le dénouement en lisant une œuvre qui lui fait écho, « La cité de verre», premier volume de "la Trilogie new-yorkaise" où le héros s'achète un carnet rouge pour y retranscrire ses pensées.
08 octobre 2007
Un bon jour pour mourir
La merveilleuse histoire d'une virée fantastique à travers l'Amérique des années 60 ! Un trio inoubliable prend la route, entre un joint, deux cuites et trois parties fines, pour s'en aller faire sauter un barrage du côté du Grand Canyon du Colorado. Selon Michel Lebrun, si ç'avait été un polar, ç'aurait été le meilleur de l'année. En tout cas, on n'oubliera pas de sitôt les aventures savoureuses et les portraits tendres de ces trois héros que Jim Harrison dépeint dans le style flamboyant qui est sa marque.
L'histoire de ce roman démarre avec un délire d'alcoolique : le pari de faire sauter les barrages qui empêchent les saumons de remonter les rivières. Et le narrateur s'embarque pour une virée à travers les Etats Unis avec Tim, personnage trouble et défiguré. Tim ira chercher Sylvia, une femme qu'il a aimée. Des relations ambiguës se tissent entre ces trois personnages, un parallèle peut être fait avec le magnifique "Jules et Jim". Puis le narrateur tombe éperdument amoureux de Sylvia qui lui est inaccessible vu qu'elle aime toujours Tim qui, lui, prend plaisir à l'humilier.
Finalement, j'en suis arrivé à éprouver une tendresse particulière pour ce triangle amoureux traversant à mille à l'heure un paysage parsemé de sexe, d'alcool, de rock’n’roll et de grands espaces. Harrison nous dresse des portraits tendres de personnalités fortes et différentes.
C'est une sorte de polar poétique dans lequel l'auteur nous livre sans concession sa soif d'évasion, son amour de la nature et son aspiration à l'amour vrai.
En tournant la dernière page, j'en suis arrivé à me demander comment tant de violences, de désespoir, de solitude peuvent être traversés soudain d'une telle onde de compassion et de mélancolie ? Monsieur Harrison nous apporte une magnifique réponse...
Extrait :
"J'avais si peu de ce que je considérais comme du courage. Il m'était facile de supposer que le courage est souvent une question d'énergie et de métabolisme. Je savais qu'il était peu probable que Tim se retire un jour d'une bagarre ou qu'il renonce aux dangers de la conduite de compétition. Et lorsque nous avions eu l'occasion de parler de la guerre, la peur avait été étrangement absente de ses commentaires. Faire sauter un barrage lui semblait aussi évident que faire un bon repas ou aller au cinéma, plus évident même que faire l'amour, un acte qui lui posait apparemment quelques problèmes. Et les Nez Percés, qui s'étaient battus sur le sol même où je me tenais, avaient un proverbe : à l'approche de la guerre, ils disaient : "Courage ! c'est un bon jour pour mourir"..."
29 septembre 2007
Caresser le velour
Le récit initiatique et sentimentalo-saphique d’une jeune écailleuse d’huîtres du sud de l’Angleterre. Plongée dans cette Angleterre qui condamna Oscar Wilde, dans les coulisses des salons mondains et du beau monde saphique, Caresser le velours nous offre, sous un éclairage inédit, une vision insolite et fascinante de cette fin de siècle qui préluda à la Belle Époque.
J'ai découvert l'univers de la littérature gay et lesbienne avec les "Chroniques de San Fansisco" d' A.Maupin. Et avant d'ouvrir ce roman, je n'avais à aucun moment retrouvé l'ambiance qui m'avait tant plu dans le petit monde de Barbary Lane.
Tout au long du roman, nous accompagnons Nancy, une jeune écailleuse d’huîtres de Whitstable qui quitte ses racines familiales pour une jeune artiste dont elle est tombée amoureuse après l’avoir vu pour la première fois sur une scène de music hall travestit en garçon.
Ce périple qui va durer plusieurs années, passera du romantisme au mélodrame glauque et sombre. On la suit dans sa vie simple et pauvre qui se transformera en une vie de débauche et d’enivrement des sens au sein dans le Londres de la fin du 19ème siècle à la fois terrible et fascinant.
Dans ce roman règne avant tout une atmosphère brillante de part les décors et la mise en scène des personnages mais particulièrement dans les descriptions des costumes, des théâtres et des différents lieux dont on savoure les touchés, les couleurs et l'ambiance.
Si vivre son homosexualité aujourd'hui n'est pas une partie de plaisir, dans l'Angleterre de l’époque complètement engoncée dans sa droiture et ses bonnes manières, c'était vraiment un chemin de croix.
Ce roman au delà d'être un classique dans le milieu lesbien pour ses qualités littéraires, est aussi une très bonne illustration de la vie sous l'époque victorienne. Sarah Waters a fait un véritable travail de recherche historique pour nous permettre de plonger dans ce monde où se croise la richesse opulente à l'extrême pauvreté. Elle nous permet aussi de découvrir cette Angleterre victorienne sous un autre regard, comme si on se rapprochait du trou de la serrure pour observer les petits secrets inavouables de ce monde sensé être "respectable".
Ce roman est un peu une quête de l'amour absolu et surtout assumé contre vent et marée.










