beaucoup de bruit pour rien

Je tiens ce monde pour ce qu’il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle

04 novembre 2007

Faisons un rêve

Hommage à Sacha Guitry

Enfin un samedi soir, avec un vrai programme TV, une pièce de théâtre de Guitry diffusée sur France 2.

Résumé : Lui est un brave homme, pas très intelligent mais affable et bon vivant. Elle, sa femme, est jolie et distinguée. Il prétexte un rendez-vous urgent : il doit partir dans l'instant. L'hôte, qui a tout entendu, est jeune et séduisant. Il lui déclare sa flamme, qu'elle avoue partager. Ils décident de se revoir le soir même. Il l'attend avec impatience. Quand elle arrive enfin, elle tombe dans ses bras. Le lendemain matin, c'est le drame : ils ne se sont pas réveillés ! Elle s'affole, il plaisante. C'est alors que le mari arrive. La femme entreprend tout ce qui est en son pouvoir pour dissimuler sa scabreuse situation...

C'est une comédie irrésistible : le mari, la femme, l'amant, thème récurrent dans le théâtre de boulevard ... L'un ne va pas sans les deux autres... Tous les mensonges sont ici délicieux ! C'est léger, c'est brillant !

Un petit bijou qui m'a emmené dans les années 30, ses costumes élégants, un style enjoué, insouciant.

Les trois comédiens ( Pierre Arditi, Michèle Laroque et François Berléand) sont excellents ...avec une mention spéciale pour Arditi lancé dans un monologue époustouflant d'humour et de talent.

J'ai pris un grand plaisir devant cette pièce de Sacha Guitry qui sait offrir un théâtre passionnant

Citations :

- « Être marié !… ça, ça doit être terrible. Je me suis toujours demandé ce qu'on pouvait bien faire avec une femme en dehors de l'amour »
- « Pourvu qu'elle ne soit pas malade !… Elles ont toujours quelque chose, c'est vrai ça. On dirait qu'elles ont deux fois plus d'organes que nous !»
- « Dites-vous bien qu'une femme comme vous ne vit pas avec un cocu… même le sien. »
- « Quand on fait un mensonge, il faut le soigner, croyez-moi… Ainsi, c'est un hommage que l'on rend à la personne que l'on trompe. »
- « Pourvu, surtout, qu'elle n'ait pas réfléchi. Car elles ne font que des bêtises quand elles réfléchissent !… »

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03 octobre 2007

A une passante

La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d'une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l'ourlet ;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son œil, ciel livide où germe l'ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit ! - Fugitive beauté
Dont le regard m'a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l'éternité ?

Ailleurs, bien loin d'ici ! Trop tard ! Jamais peut-être !
Car j'ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j'eusse aimée, ô toi qui le savais

Charles Baudelaire

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03 juillet 2007

Le libertin

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Résumé : Diderot est en train de poser pour Mme Therbouche qui parvient à le convaincre de se dénuder. C'est alors que son secrétaire interrompt une séance pleine de promesses pour lui demander de rédiger un article sur la morale destiné à la fameuse encyclopédie. Une enreprise que Diderot aura toutes les peines à mener à bien d'autant que les visites successives font avorter tous ses projets.

Dans plusieurs interview Eric-Emmanuel Schmitt a confié qu'il préférait écrire une pièce de théâtre qu’un livre, car "au théâtre le spectateur est son "prisonnier", alors qu’un livre peut être fermé à tout moment". En tout cas, plus on lit ses oeuvres, plus on peut se considérer comme des otages consentants de son talent et de sa diversité créatrice.

Le philosophe va tenter par de subtiles moyens de mettre Madame Therbouche dans son lit, mais là, le tourbillon des allées et venues commence, et le malheureux Diderot va sans cesse être interrompu tant dans ses entreprises de séduction que dans la rédaction d’un article pour l’Encyclopédie.

On assiste dans cette pièce à un défilé de personnages ayant tous un objectif et servant à mettre en avant de nombreux thèmes : tels le libertinage, les arguments de séduction des deux sexes et leurs motivations respectives...  Face à ces personnages atypiques (De Baronnet, son secrétaire, à Antoinette son épouse, en passant par la fille du baron et sa propre fille Angélique), Diderot va devoir justifier sans cesse ses visions philosophiques de la vie. Toute la subtilité de la pièce tient au fait qu'elle est bâtie autour d'une contradiction fondamentale, à savoir ses tentatives de séduction et sa volonté de rédiger un article sur la morale, entreprise qui lui sera bien difficile à mener à bien.

Eric-Emmanuel Schmitt dit de sa pièce "qu’elle est sa plus gaie, mais bien qu’elle soit en apparence légère, il y a investi un immense travail". Cet auteur nous enchante par cette pièce de théâtre où se succèdent scènes burlesques et  joutes verbales, le tout enrobé d'une bonne dose d'humour et de dérision, il nous entraîne dans cette comédie libertine dans une folie de paroles, d’échanges de points de vue.....c'est une vraie réussite.

MME THERBOUCHE. Je me disais que c'était peut être justement cela, votre infirmité, à vous, les hommes.
DIDEROT. (cessant d'écrire).Nous?
MME THERBOUCHE. Vous n'assouvissez pas vos désirs, vous vous en délivrez. La faiblesse de l'homme vient de ce qu'il éjacule. Nous, femmes, nous faisons preuve d'une vitalité sans fin, nous n'avons rien à perdre dans l'amour, nous sommes...inépuisables.
DIDEROT(conquis). Comme vous savez promettre...
MME THERBOUCHE. Vous autres, hommes, vous ne serez toujours que des débauchés, jamais des voluptueux.
DIDEROT(l'embrassant). Quelle différence?
MME THERBOUCHE. Le débauché décharge et recommence. Le voluptueux a de l'intérêt pour ce qui précède, ce qui suit, tout ce qui existe. (Elle éclate de rire). C'est si bête, les hommes, parce que cela croit que tout a une issue, la vie comme le désir...
DIDEROT(...) je suis un débauché très voluptueux...
MME THERBOUCHE. Que vous dites...
DIDEROT. Mais je ne demande qu' à faire des progrès...je ne crois qu'au progrès. (Il l'embrasse.) Alors dites-moi:que ressent une femme pendant l'amour?
MME THERBOUCHE. Venez voir...

Posté par sachaguitry à 19:23 - Classiques - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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