beaucoup de bruit pour rien

Je tiens ce monde pour ce qu’il est : un théâtre où chacun doit jouer son rôle

20 avril 2008

Blue angel

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Cela fait des années que Ted Swenson, qui enseigne l'écriture de fiction dans une petite université de Nouvelle-Angleterre, n'a pas lui-même publié de roman. Cela fait encore plus longtemps qu'aucun de ses étudiants n'a montré une étincelle de talent. Et le monde académique, de plus en plus asphyxié par son climat politiquement correct, n'est plus ce qu'il était. Là-dessus déboule Angela, une étudiante tatouée et percée de toutes parts, avec un rare don d'écrivain. Audacieuse et ambitieuse, Angela paraît être la réponse aux voeux de Swenson. Mais l'expérience montre que le chemin de l'enfer est pavé de bonnes intentions...

Blue angel est une référence manifeste au film de Von Stenberg "l'ange bleu". Toutefois, ce roman ne raconte pas l'histoire d’un professeur qui perd son âme pour une chanteuse de cabaret, mais d'un professeur d'écriture sans histoires, enseignant dans une université du middle west américain et baignant dans le puritanisme ambiant.

Ce prof n'a jamais franchi la ligne rouge, il n’a jamais succombé aux charmes juvéniles de ses étudiantes. Et là rentre en scène, Angela Argo, étudiante piercée, tatouée,  dont les remarques acerbes et pertinentes sur le travail de ses camarades-étudiants ainsi que ses prometteurs essais de romancières attirent son attention. Swenson est ébahi par le talent de la jeune femme et noue peu à peu une relation ambiguë avec elle.

La peinture du milieu universitaire américain brossée par Francine Prose est particulièrement plaisante, notamment dans la description des personnages, profs, élèves ou collaborateurs éducatifs. Sans être d’une folle originalité, ce roman est particulièrement ironique sur le processus de création littéraire, sur le statut de ce prof qui n’est pas fichu de finir son propre manuscrit,  tombant d'admiration devant celui d’une de ses élèves et suscitant la jalousie ou l'amertume de ses autres étudiants, tous persuadés de détenir un quelconque talent d'écrivain. La description des cours où les étudiants lisent leurs propres créations totalement déjantées est plutôt réussie.

Blue Angel arrive assez bien à associer avec brio le comique et l'inquiétant. Finalement, on se rend compte que le meilleur des petits mondes universitaires révèle certains des aspects les plus sombres et dangereux des valeurs culturelles et morales contemporaines.

Posté par sachaguitry à 20:00 - Littérature étrangère - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

J'aime ce genre d'oeuvres portant sur l'écriture, le monde universitaire. J'avais apprécié WOnder Boys avec M Douglas. Je retiens donc le titre de ce livre.

Posté par Choupynette, 21 avril 2008 à 13:17

Je tombe par hasard sur votre blog, et je tiens à vous dire que j'en aime bien l'esprit, la sélection de livres, et le regard que vous y portez. Bon, bene sûr, ça ne changera pas votre vie, mais ça m'a fait du bien de vous le dire. Ce sera mon moment de sincérité de la matinée.

Posté par Georges F., 24 avril 2008 à 08:28

Oh l'autre. Francine Prose, c'est vachement modeste comme pseudo. Justement je voulais écrire un livre sous le nom de Thomas Prose. Tant pis : je l'écrirai sous le nom de Thomas Génie pour la peine... :-)

Plus sérieusement...ce livre m'intéresse bien évidemment puisque j'évoquais il y a peu ("il y a peu" est relatif, c'était cet automne) les romans de campus US et le fait qu'ils soient finalement étonnamment peu nombreux. En voilà donc un de plus que je vais essayé de me procurer.

Posté par Thom, 25 avril 2008 à 17:13

Peut-être même que je vais essayeR, tiens...

Posté par Thom, 25 avril 2008 à 17:13

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