29 novembre 2007
Qui sème le vent .....
Mot de l'éditeur
Dans une vie précédente, Brian Mcnulty était un barman-aspirant acteur d’une quarantaine d’années, divorcé, père un peu dépassé mais aimant d’un adolescent nommé Kevin. Un new-yorkais comme bien d’autres.
Et puis un ex-collègue devenu patron, « big » John Wolinski, a déboulé. Depuis ce jour, Brian a dû quitter son emploi, il a été témoin d’un meurtre, puis arrêté, il a reçu une balle dans la jambe, s’est retrouvé patient malgré lui chez un étrange ophtalmo, a revu un ancien pote qui lui a cassé la figure… et ce n’est pas tout.
Bref, le retour de ses vieux copains de l’époque où il était barman à Atlantic city est pire que les dix plaies d’Egypte, et Brian a beau être un brave type, il n’aime ni l’injustice ni la trahison. Et encore moins qu’on cherche à le tuer.
Le héros sympathique de prends garde au buveur solitaire est de retour derrière le comptoir. Cornelius Lehane n’a rien perdu de son affection pour les ambiances nocturnes, les personnages idéalistes et décalés, ni de son acuité de critique social, le tout agrémenté d’un solide sens de l’humour.
Je suis un admirateur inconditionnel de Dennis LEHANE et c'est en fouillant dans le rayon "rivage noir" de ma librairie que je tombe sur un autre roman de cet auteur LEHANE. Surpris, en pensant avoir tout lu de sa bibliographie, j'examine le livre avec un peu plus d'attention et je m'aperçois que j'ai en face de moi un homonyme portant le doux prénom de Cornélius. Il n'en fallait pas plus pour susciter ma curiosité et pour me plonger dans cet univers des bars new-yorkais et de leur population atypique.
Finalement, ce fut une petite déception. J'ai trouvé ce roman assez touffu et plutôt long. Qui sème le vent… est entièrement centré autour de son personnage principal "Brian McNulty". Assez éloigné des clichés de l’enquêteur habituel, même occasionnel, il nous emmène dans une course à la vérité. c'est avant tout un homme ordinaire qui n’est à l’aise que dans son métier ou les choses qu’il connaît. Ses relations sont épisodiques, parfois chaotiques, embarqué malgré lui dans des événements qui le dépassent…. Il ne se découvre pas une âme de héros vengeur, il se trompe, se laisse mener par le bout du nez, patauge dans sa vie privée et en général. Pour achever le tableau, le seul point vraiment intéressant est son père, ancien journaliste, communiste de l’époque McCarthy, qui n’a jamais renié sa recherche de la justice sociale ; il faut savoir qu’être « radical », et encore plus s’avouer communiste et militer, dans les années 1950 aux USA, c’était aussi anormal et inhabituel, atypique pour les USA, qu’un politicien honnête.
De ce père Brian a hérité un sens aigu de l’injustice sociale, d’appartenance de classe, de recherche de la justice. Il y croit, il s’y accroche, tout comme à l’amitié... mais même si on peut éprouver de la sympathie pour ce personnage, cela ne suffit pas à rendre ce livre passionnant. Bref, par moment je me suis ennuyé et j'ai pas été transporté par le scénario.
Finalement, le seul rapprochement qu'on pourrait faire entre les deux Dehane c'est leur homonymie. Dennis peut être rassuré, il ne sera pas supplanté par Cornélius ......
25 novembre 2007
Tom Waits
Tom Waits - Downtown Train
Vidéo envoyée par Like_Finger
"Tom Waits ! Un mélange de Rock et de Blues, avec une voix éraillée remplie d'éffluve d'alcool et de tabac, un décalé tout droit sorti des Bas-fonds de Chicago et qui de sa voix rauque chante pour les paumés et les égarés de la vie... "
Smoke-Tom waits- Innocent when you dream
Vidéo envoyée par Reghy
La chanson "innocent when you dream" est un petit chef d'oeuvre musical portant l'empreinte mélancolique si propre a Tom Waits
21 novembre 2007
Le dernier homme
Un monde, le nôtre, dans un futur pas si lointain... Un monde dévasté à la suite d'une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l'ensemble de l'humanité. Esseulé au cœur de cet enfer aseptisé et visionnaire, digne de 1984 et d'Orange mécanique, un homme, Snowman, est confronté à d'étranges créatures génétiquement modifiées, les Crakers, une nouvelle race d'" humains " programmés pour n'être sujets ni à la violence, ni au désir sexuel, ni au fanatisme religieux. Tel un Robinson futuriste, il doit lutter pour sa survie et celle de son espèce. Au risque d'y perdre son âme...
Renouant avec la tradition des Huxley, Orwell ou Rufin dans leurs romans d'anticipation, Margaret Atwood nous présente un univers qui pourrait nous paraître à la fois familier et terrifiant. Un monde dévasté à la suite d'une catastrophe écologique sans précédent, où se combinent des conditions climatiques aberrantes, des manipulations génétiques délirantes et un virus foudroyant prompt à détruire l'ensemble de l'humanité. D'ailleurs, c'est presque fait : d'êtres humains, au début du Dernier Homme, il ne reste que Snowman, lequel est confronté à d'étranges créatures génétiquement modifiées et à des animaux hybrides.
Ce roman de Margaret Atwood, c'est finalement l'histoire d'un homme Snowman qui nous retrace sa vie. Jusqu'à la fin, on ignore ce qui a pu amener à ce que Snowman soit seul et comment lui a pu survivre et non les autres. Au début, j'étais dans l'incompréhension et au fur et à mesure qu'on avance dans la lecture, on va revivre la vie de Snowman par des flash-back et ainsi comprendre sa vie et les évènements liés aux catastrophes.
J'ai perçu ce livre comme une mise en garde. L'auteur semble nous dire : "Faites attention! voilà où peut nous conduire le "progrès" si on ne reste pas vigilant en terme d'éthique." On y voit aussi une condamnation du tourisme sexuel, de la télé-réalité (devenue "internet-réalité"), des manipulations génétiques qui, sous couvert d'amélioration des espèces conduisent à des catastrophes.
Toutefois, cette histoire ne m'a pas totalement captivée, j'aurais voulu être imprégné par une ambiance glauque et terrifiante, mais non, j'ai eu un peu de difficulté à me rendre jusqu'à la fin. La seule chose qui m'a motivé à poursuivre ma lecture, c'est ma curiosité.
Sur ce thème du roman post apocalyptique, je ne peux que vous inciter à lire "Globalia" de Rufin ou "Fléau" de Stephen King.
20 novembre 2007
"Dans la vie il y a deux expédients à n'utiliser qu'en dernière instance : le cyanure ou la loyauté."
Michel Audiard
18 novembre 2007
David Bowie. Life on Mars?
David Bowie. Life on Mars?
Vidéo envoyée par kidibiza
David Bowie est aujourd’hui une personnalité culte, d'un immense charisme, l’une des très rares rock stars incontournables de ces quarante dernières années. Bowie a marqué de son empreinte non seulement le rock, mais aussi la mode. Il a révolutionné la réalisation de shows avec des mises en scène toujours d’avant-garde. Musicalement, il n’aura de cesse d’innover et de toujours se renouveler en passant de la variété au glam-rock puis à la soul, la disco, la musique d’avant-garde, la techno, la musique industrielle, le pop-rock. Son parcours est l’un des plus fascinants qui soient.
Life on mars ? Que dire de ce chef d'oeuvre musical ? tout est réglé au milimètre, la mélodie est envoutante. Bowie chante d'une voix sublime des paroles assez intriguantes, le tout sur des orchestration d'un lyrique absolu. Pour une analyse pointue de cet immense artiste je vous renvoie vers les excellents articles de Thom .....
17 novembre 2007
Sacha Guitry, une vie de merveilles
Résumé
A partir de photos privées et publiques, de lettres et de documents divers, la vie de S. Guitry est racontée en sept actes : son amour pour son père, son don pour la caricature, l'initiation avec Charlotte Lysès, le théatre pendant les années folles, la découverte du cinéma, Geneviève de Séréville et l'ombre de la guerre, Lana Marconi et le retour à l'histoire.
Quatrième de couverture
Né pour jouer
Enfant d'acteur, choyé par un père monstre sacré de son temps, grandi au milieu des mots, modulés, répétés à l'infini tandis que Lucien Guitry se met en bouche les textes de Molière ou d'Edmond Rostand.
Doué pour le dessin, capable très tôt de saisir le trait marquant d'un visage ou d'un caractère, très vite de construire une situation où se nouent et se dénouent les fils d'une intrigue.
Doué pour plaire et faire rire.
Mêlant jour après jour l'art et la vie.
C'est ce personnage hors norme, Sacha Guitry, né à Saint-Pétersbourg en 1885, mort à Paris il y a un demi-siècle, qu'André Bernard nous raconte ici en images grâce à sa fabuleuse collection de documents les plus divers. Jean Piat le dit dans sa préface, André Bernard nous le révèle Vivant, dans le jeu et le travail, cet acteur, auteur, homme de théâtre, cinéaste dont la stature imposante contredisait tant la légèreté de l'esprit et l'extrême attention qu'il portait à tout ce qui était son métier.
« Quand un homme a l'honneur d'être un délassement pour ses contemporains, il doit y consacrer le plus clair de sa vie. »
« Il faut être heureux, car lorsqu'on se met à être heureux, l'existence devient une chose tout à fait inouïe. »
Une amie m'a offert ce magnifique livre pour mon anniversaire, et je l'en remercie vraiment. Justement, en parlant d'anniversaire, cette année est le 50ème anniversaire de la mort de Sacha Guitry.
En lisant ce livre, on découvre la vie passionnante de cet artiste aux multiples talents, à la fois auteur de pièces de théâtre, metteur en scène, dialoguiste, scénariste, réalisateur et comédien. C'est à partir de photos privées ou publiques, lettres, documents divers, qu'André Bernard raconte la vie de Guitry.
"21 février 1885. Il ne s’agissait pas de rater mon entrée. Quand j’ai vu ma mère, j’ai su que la vie était belle." tout est dit !!!!
On découvre les différents artistes qui l’entourèrent dès ses premiers pas. Son père d’abord, Lucien, et puis Cocteau, Colette, Rodin, Yvonne Printemps qui fut sa femme, etc...
Au fur et à mesure qu'on rentre dans sa vie, on se rend compte qu'il avait vu dans le cinéma un moyen moderne de voyager, et qu'il a utilisé cet outil en véritable visionnaire.
Voici quelques anecdotes sur ce personnage à l'esprit décapant :
"Sacha est le diminutif russe d'Alexandre. Le tsar Alexandre III était en effet son parrain.
Comme il l'explique dans son discours de cent lignes, prononcé lors du banquet du centenaire de Janson-de-Sailly, il fut expulsé de 11 lycées différents. Il explique dans un de ses ouvrages que c'est suite aux déplacements de son père qu'il a redoublé sa sixième 10 fois. En effet, à l'époque, on recommençait l'année si l'on changeait d'établissement, ce qui était périodiquement son cas. Il fêta ses 18 ans en sixième et arrêta là ses brillantes études.
Durant l'hiver 1889, à 4 ans, son père, Lucien Guitry, en pleine séparation d'avec sa femme, sort avec Sacha pour chercher des gâteaux au coin de la rue, et de coin de rue en coin de rue (car la pâtisserie la meilleure était plus loin) il l'enlève aussitôt jusqu'en Russie, lieu de ses futures représentations. Sacha y jouera enfant devant le Tsar et la famille impériale. Ce sera là-bas qu'il entendra que son père "va jouer tous les soirs pour travailler".
Malgré le vif soutien de Tristan Bernard et de nombreuses personnalités de la résistance, Sacha Guitry fut injustement soupçonné de collaboration à la Libération, et incarcéré pendant 60 jours (d'où son livre "60 jours de prison"). Un non-lieu complet fut prononcé. « Il n'y avait donc pas lieu ! », commenta ironiquement Sacha Guitry, qui déclara par ailleurs : « La Libération ? Je peux dire que j'en ai été le premier prévenu ». Pour la petite histoire, ce fut Alain Decaux qui évita le pillage de sa maison car il était à l'époque mobilisé et qu'il avait, connaissant Guitry, demandé à surveiller sa maison. En souvenir de ce beau geste, Lana Guitry lui offrit l'émeraude que Sacha portait et qui trône désormais sur la poignée de son épée d'académicien. De son arrestation, il dira : « ils m'emmenèrent menotté à la Mairie. J'ai cru qu'on allait me marier de force ! »
15 novembre 2007
Les enquêtes de Galeren de Lesneven - Tomes 1 et 2
Bleu sang : En 1134, un incendie a ravagé la ville de Chartres. Dix ans plus tard, Galeren de Lesneven, jeune chevalier breton, va en démasquer l'auteur au cours d'une dangereuse enquête qui le mènera du grand chantier de la cathédrale aux bas-fonds de la ville, avec son peuple d'écorcheur, de prostituées et d'assassins.
Noir roman : Des enfants disparaissent, d'autres sont découverts sans vie. Galeran de Lesneven, jeune chevalier breton, se retrouve dans les monts d'Arez, au milieu des marécages du Yeun, où règnent les loups, les fées, et un tueur qui n'est peut-être pas humain.
J'ai découvert cet auteur avec l'épopée des normands de Sicile, romans dans lesquels Miss Moore mêle avec brio vocabulaire médiéval, univers réaliste et imaginaire. Et à l'inverse d'autres romans policiers historiques, où les enquêtes se déroulent en un même lieu, Viviane Moore fait de ses personnages des chevaliers itinérants et solitaires. Cette originalité lui permet de conduire le lecteur dans des lieux très différents et des ambiances variées.
Une autre particularité de cet auteur, c'est qu'avant d’être écrivain à temps plein, Viviane Moore était photographe et journaliste et cela se sent dans les descriptions de Chartres et de ses personnages qu'elle fait dans "Bleu sang". Certaines scènes de ce roman semble comme un petit tableau, pareil à ces miniatures médiévales dont la délicatesse cache bien la dureté de l’époque (dans la continuité d'un Ken Follett dans "les piliers de la terre", sans doute le meilleur roman historique que j'ai lu). Le Moyen-âge est l’époque de prédilection de l’écrivain et la connaissance qu’elle en a, lui permet d’apporter au lecteur un récit vivant et coloré.
Même si le premier roman n'était pas forcément tendre, il y a encore moins de douceur dans cette seconde aventure du chevalier de Lesneven ; c’est certainement la plus dure et la plus cruelle que j'ai lue sur le moyen âge. Les Montagnes Noires, Huelgoat, les marécages de Yeün sont décrits d'une manière sombre, inquiétante, obscurs. Viviane Moore nous présente un Moyen-âge dur et sans complaisance, elle ne nous épargne aucun détail de l’existence rude d’un petit seigneur de guerre et de son entourage.
Dans ces deux romans, Viviane Moore nous livre des intrigues bien menées qui conduisent le lecteur à découvrir la clé du mystère dans le passé trouble des personnages. L'écriture est claire, efficace ; l'équilibre est maintenu entre l'enquête et l'action. J'ai une préférence pour l'ambiance de Noir roman, son univers mystérieux et mystique.
12 novembre 2007
Les promesses de l'ombre
Synopsis
Bouleversée par la mort d'une jeune fille qu'elle aidait à accoucher, Anna tente de retrouver la famille du nouveau-né en s'aidant du journal intime de la disparue, écrit en russe. En remontant la piste de l'ouvrage qu'elle tente de faire décrypter, la sage-femme rencontre Semyon. Elle ignore que ce paisible propriétaire du luxueux restaurant Trans-Siberian est en fait un redoutable chef de gang et que le document qu'elle possède va lui attirer de sérieux problèmes...
Pour Nikolai, chauffeur et homme de main de la toute-puissante famille criminelle de l'Est, c'est le début d'une remise en cause. Entre Semyon et son fils Kirill, prêts à tout pour récupérer le journal, et l'innocente Anna, sa loyauté va être mise à rude épreuve. Autour d'un document qui se révèle de plus en plus explosif, plusieurs vies sont en jeu, dont la sienne, alors que se déchaînent les meurtres et les trahisons dans la famille comme dans la ville...
Après "A history of violence", David Cronenberg revient en force avec ces promesses de l'ombre, pour une plongée en apnée dans la mafia russe Londonienne.
On est parti pour une immersion dans les méandres obscures de l'être humain. Sa caméra sait se faire oublier pour nous plonger un peu plus dans les codes et le quotidien de cette mafia. En, retravaillant le thème de la double identité avec toujours autant de plaisir (allusion à l'excellent "A history of violence") et s'amusant de certains clichés qui ponctuent ironiquement son film, le cinéaste canadien signe une tragédie glauque et rebutante.
Grâce aux incroyables prestations de ses acteurs, de Naomi Watts à Vincent Cassel et, surtout, de Viggo Mortensen (impeccable dans ce rôle de tueur énigmatique). La psychologie des personnages fouillée à son maximum, devient troublante et dramatique devant la caméra de Cronenberg. On s'interroge une bonne partie du film pour savoir qui est qui et qui compte faire quoi, qui est contre qui, et qui manipule quoi.
Je n'aurai qu'une critique négative sur ce film. Même si la violence chez cronenberg n'est jamais gratuite, si elle est au service de l'histoire, il aurait pu alléger certaines scènes d'une rare violence, à la limite de la nausée.
Le réalisateur, en s'attardant sur les relations filiales et sur les sentiments que peuvent dégager ces personnages corrompus par la violence et le crime, donne au film prend une ampleur intérieure saisissante et poétique.
10 novembre 2007
La rêveuse d'Ostende
Pour guérir d'une rupture sentimentale, un homme se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du Nord. Sa logeuse, Anna van A., une femme solitaire vivant parmi ses livres et ses souvenirs, va le surprendre en lui racontant l'étrange histoire de sa vie, où se conjuguent l'amour le plus passionné et un érotisme baroque. Le récit s'avère si surprenant que l'homme, doutant de sa véracité, va enquêter pour déterminer ce qui tient de la réalité ou du fantasme...A-t-il affaire à une superbe mystificatrice ou à une femme unique ? Jusqu'à la fin, il ira de découvertes en découvertes.
Cinq histoires qui montrent le pouvoir de l'imagination dans nos existences. Cinq histoires - La rêveuse d'Ostende, Crime parfait, La Guérison, Les mauvaises lectures et La Femme au bouquet- suggérant que le rêve est la véritable trame qui constitue l'étoffe de nos jours.
Eric Emmanuel Schmitt nous présente ici cinq histoires surprenantes avec le même fil conducteur, à savoir l'imagination et la place qu'elle tien dans notre vie de tous les jours. Chacun des personnages évoqués dans ces nouvelles en apportent la preuve.
Pour guérir d’une rupture sentimentale, un écrivain se réfugie à Ostende, ville endormie face à la mer du nord. Sa logeuse, la solitaire Anna Van A., vit dans le temps suspendu de l’imaginaire, quand elle déroulera l’étrange histoire de sa vie, l’écrivain y lira l’amour le plus passionné gardé en secret jusqu’à la mort.
Parce qu’elle vit l’enfer, Gabrielle pousse son mari du haut d’une falaise. Libérée, elle s’apprête à ouvrir les vieilles boîtes que cachait son mari ; la police la confond. S’en suivent gardes à vues, détention préventive pendant deux ans. Au procès, les témoins confirment une évidence : Gabrielle avait tout pour être heureuse, son couple était idéal. S’ouvre pour la meurtrière une introspection douloureuse…
« Quelle chance d’être soigné par une jolie femme ! », ce sont les mots de Karl lorsque pour la première fois Stéphanie entre dans sa chambre d’hôpital. Pourtant, elle n’a rien des mannequins qui se pressent chaque jour aux visites ; plus surprenant encore, Karl a subit un terrible traumatisme, il vit les yeux bandés. Cet amour aveugle qui s’amorce marque la renaissance d’une femme.
Maurice Plisson, éminent professeur de Lettres, est catégorique : « Lire des romans, moi ? Jamais ! ». Pourtant, en vacances en Ardèche, sa cousine Sylvie l’amène à ouvrir un roman policier. Happé par l’intrigue et confronté au secret que sa cousine tarde à révéler, il plonge dans un rêve éveillé où se mêlent imaginaire et réalité.
Quai numéro trois, gare de Zurich. Une vieille dame attend un bouquet à la main. Elle est là chaque jour depuis quinze ans, peut-être plus. Elle attend et alimente la rumeur, qui attend-elle ? A-t’elle toute sa tête ? Un jour la femme au bouquet disparaît, que s’est-il passé ?
Cet auteur adore provoquer l'imagination du lecteur, le faire participer à travers la suggestion et la réflexion. Dans La rêveuse d'Ostende, le lecteur peut s'identifier à cet écrivain qui vient de guérir d'une rupture amoureuse et qui rencontre cette vieille dame. Une sorte de pacte va se sceller entre eux : l'une va se livrer, l'autre va l'écouter par curiosité dans un premier temps puis l'affectif prendra le pas, et il va succomber au charme et au mystère de cette vielle dame. La notion de secret semble primordiale pour E.E Schmitt et finalement, il ne livre rien peut être pour continuer à susciter la curiosité du lecteur.
Un passage m'a particulièrement marqué. A un moment, la rêveuse d'Ostende dit à l'écrivain: «D'un amour essentiel, on ne se remet pas. Si on s'en remet, c'est que, de toute façon, ça n'en valait pas la peine.» Cette phrase m'a semblé très juste, même si avec le temps on arrive à vivre autre chose, on ne se remet pas totalement. Sinon, c'est la preuve que ce n'était pas essentiel. Et le fait de rencontrer quelqu'un d'autre ne change rien, puisque si cette personne vous aime, elle est forcément au courant et arrive à vivre avec. La cohabitation peut parfois être difficile. Mais on finit par ranger ce qu'on a vécu et qui était si unique dans un coin de notre mémoire. Finalement on s'en interdit l'accès si on veut avancer dans cette nouvelle relation. En tout cas, on essaye de préserver l'autre et de faire confiance en l'avenir.
Dans ces cinq petites histoires très fortes, concentrées, E.E Schmitt maîtrise les codes de la nouvelle. Suspense, art de la chute, tout y est et ça fonctionne fort bien. On peut les déguster comme un chocolat dont on découvrirait les différentes saveurs progressivement....un régal !
04 novembre 2007
Faisons un rêve
Hommage à Sacha Guitry
Enfin un samedi soir, avec un vrai programme TV, une pièce de théâtre de Guitry diffusée sur France 2.
Résumé : Lui est un brave homme, pas très intelligent mais affable et bon vivant. Elle, sa femme, est jolie et distinguée. Il prétexte un rendez-vous urgent : il doit partir dans l'instant. L'hôte, qui a tout entendu, est jeune et séduisant. Il lui déclare sa flamme, qu'elle avoue partager. Ils décident de se revoir le soir même. Il l'attend avec impatience. Quand elle arrive enfin, elle tombe dans ses bras. Le lendemain matin, c'est le drame : ils ne se sont pas réveillés ! Elle s'affole, il plaisante. C'est alors que le mari arrive. La femme entreprend tout ce qui est en son pouvoir pour dissimuler sa scabreuse situation...
C'est une comédie irrésistible : le mari, la femme, l'amant, thème récurrent dans le théâtre de boulevard ... L'un ne va pas sans les deux autres... Tous les mensonges sont ici délicieux ! C'est léger, c'est brillant !
Un petit bijou qui m'a emmené dans les années 30, ses costumes élégants, un style enjoué, insouciant.
Les trois comédiens ( Pierre Arditi, Michèle Laroque et François Berléand) sont excellents ...avec une mention spéciale pour Arditi lancé dans un monologue époustouflant d'humour et de talent.
J'ai pris un grand plaisir devant cette pièce de Sacha Guitry qui sait offrir un théâtre passionnant
Citations :
- « Être marié !… ça, ça doit être terrible. Je me suis toujours demandé ce qu'on pouvait bien faire avec une femme en dehors de l'amour »
- « Pourvu qu'elle ne soit pas malade !… Elles ont toujours quelque chose, c'est vrai ça. On dirait qu'elles ont deux fois plus d'organes que nous !»
- « Dites-vous bien qu'une femme comme vous ne vit pas avec un cocu… même le sien. »
- « Quand on fait un mensonge, il faut le soigner, croyez-moi… Ainsi, c'est un hommage que l'on rend à la personne que l'on trompe. »
- « Pourvu, surtout, qu'elle n'ait pas réfléchi. Car elles ne font que des bêtises quand elles réfléchissent !… »







